"À la pointe de l’épée" d’Ellen Kushner

Dans le quartier des Bords-d’eau, même le guet ne s’aventure pas. On y trouve à la fois la misère et toute une faune interlope, mendiants, petits voleurs, catins et… bretteurs. Ils occupent une fonction à part, qui leur permet de côtoyer parfois la noblesse de la Colline car si les duels entre entre eux ont été prohibés, pour éviter qu’ils ne soient décimés, les nobles n’en ont pas moins de querelles à vider. Aussi se portent-ils des défis par l’intermédiaire de bretteurs. Et, notamment, le plus connu d’entre eux, Richard de Vière. Un assassin des plus habiles et « au demeurant le meilleur homme du monde », car Richard est connu pour sa discrétion et son efficacité. Il ne manque pas non plus d’intelligence ni d’un honneur assez chatouilleux. On pourrait donc s’étonner de le voir vivre avec Alec, un étudiant chassé de l’Université et doté d’un caractère lunatique et agressif, doublé d’une certaine préciosité, qui lui aurait valu dix fois d’être tué si Richard n’avait bien fait comprendre qu’il s’agissait de son protégé.
Faut-il préciser qu’un tel bretteur vit de contrats, quoique tacites, donc de revenus aléatoires. Or à peine vient-il de toucher le montant de son contrat contre Lynch, l’adversaire désigné, que deux autres lui sont proposés. L’un pour lequel il hésite, la victime ne lui ayant pas été désignée de façon suffisamment explicite et le commanditaire pas davantage, même s’il croit savoir qu’il s’agit de la très puissante famille Tremontaine. Le second qu’il refuse pour être agréable à Alec.
Mais les nobles voulant obtenir les services de Saint-Vière n’ont pas l’habitude de se voir opposer des refus. Le premier va donc user de la persuasion en envoyant sa servante, vieille amie de Richard ayant réussi à se dégager de la misère des Bords d’Eau. Le Lord Horn, par contre, n’est pas homme à essuyer d’opposition, surtout quand il est bien décidé à tirer vengeance du jeune Michael Godwin, lequel a non seulement repoussé ses avances mais encore lui en a infligé un camouflet en public. Peut-être pour les beaux yeux de la belle duchesse de Tremontaine qui se soucie si peu de politique ?
Il ne faut pas grand’chose pour que les vies basculent et moins encore celle de Richard qui s’est toujours tenue en équilibre sur la pointe d’une épée.
C’est dans une atmosphère tout à fait renaissance que ce déroule ce roman quelque peu atypique, curieusement classé « fantasy » mais évoquant bien davantage les fantaisies épiques d’Alexandre Dumas ou Théophile Gautier avec tous les rebondissements voulus et ressorts cachés d’usage dans ce type de littérature.
Avis donc aux amateurs de romans de cape et d’épée ou de « bandits d’honneur » même s’ils doivent un peu s’étonner de ne pas y trouver les princesses convenues.
Un agréable moment de lecture.

–Hélène

Éditions Folio SF
410 pages – 7,70 €
ISBN : 978-2-07-039907-9

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