« A storm of swords » de George R.R. Martin

george_rr_martin_soiaf_storm_of_swordsJ’ai cru que je n’arriverais jamais au bout.

Deux mois et demi : à raison de deux chapitres par soir, pas plus d’un soir sur deux, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour venir à bout de ce pavé de près de mille pages. Pas parce que je lis lentement, mais parce que d’un point de vue émotionnel, il m’était impossible de descendre cent pages par jour.

A Storm of Swords (en VF, Le Trône de Fer, Intégrale Tome 3) a la réputation d’être le meilleur des cinq tomes de la série de George R.R. Martin parus à ce jour. Et c’est probablement vrai, même s’il ne m’a pas transportée autant que le premier : j’avais eu le temps de m’habituer au style percutant de l’auteur, de m’imprégner de l’atmosphère de désespoir grandissant qui règne sur Westeros et de me faire à l’idée qu’aucun personnage, si central semblât-il, n’était à l’abri d’un sort funeste. D’un point de vue littéraire, ça n’a donc pas été une aussi grande claque que A game of thrones. Ce qui ne m’a pas empêchée de m’émerveiller de la maîtrise continue avec laquelle GRRM fait évoluer ses héros – et ses héroïnes – dans un univers brutal et machiste où rien de bon ne semble jamais devoir leur arriver. Parvenir à gérer une telle quantité de protagonistes et un si grand nombre de fils d’intrigue sans jamais s’emmêler les pinceaux, bravo! Mais ce qui m’a surtout épatée dans ce tome 3, c’est la direction surprenante dans laquelle il a choisi d’emmener certains de ses personnages. (Attention : à partir d’ici, minor spoilers !)

J’ai adoré la façon dont il a su humaniser Jaime Lannister, un noble arrogant, incestueux et régicide qu’il était évident de détester jusque là. Son voyage avec Brienne et la relation qui se développe entre eux ont été pour moi la partie la plus inattendue et la plus touchante d’A storm of swords. J’ai presque autant aimé l’incursion de Jon Snow chez les wildlings et le dilemme moral auquel il se retrouve confronté. Bien que Robb Stark me laisse totalement indifférente et que Catelyn, malgré son côté femme forte, ne soit pas un de mes personnages préférés, j’ai été atterrée par le déroulement des Noces Pourpres. J’ai une fois de plus pris beaucoup de plaisir à suivre les démêlés de Tyrion avec sa chère famille, savouré chacune de ses répliques bien senties et jubilé en le voyant commettre quelques actions décisives. J’ai été ravie par la façon dont Daenerys orchestre sa montée en puissance, se révélant capable d’une immense générosité comme de la dureté la plus impitoyable. Elle ferait une souveraine magnifique, et j’ai hâte de la voir se colleter avec les autres prétendants au trône de fer. J’ai également été émue par le parcours tragique de l’humble et honnête Davos. Et même si Sansa m’énerve depuis le début, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir pitié d’elle en voyant dans quelle position délicate elle se retrouve à la fin du roman.

Côté petites déceptions : les aventures d’Arya avec les hors-la-loi, puis Sandor Clegane m’ont peu intéressée (mais elles se terminent d’une façon extrêmement prometteuse). J’ai eu l’impression que le point de vue de Samwell Tarly n’était introduit que pour permettre au lecteur de suivre ce qui se passe dans la Garde de Nuit en l’absence de Jon. Et alors que j’était très attachée à Bran au début de la série, je trouve qu’il devient assez transparent malgré son potentiel de warg. Rickon semble avoir totalement disparu ; je ne doute pas que nous apprenions plus tard ce qu’il est advenu de lui.

En conclusion, un excellent tome en dépit de quelques points faibles. La fin, qui élucide le mystère de la mort de Jon Arryn après presque 3000 pages de conjectures, m’a fait lâcher une bordée de jurons impossibles à rapporter ici et donné très envie de connaître la suite. Je pense que je n’attendrai pas très longtemps avant d’attaquer A feast for crows, bien qu’il soit réputé pour être le moins bon des romans de la série.

Billet original paru le 26 novembre 2011 sur Le rose et le noir.

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