"Aradia I : Aara" de Tanith Lee

Jeune fille de souche noble à peine entrée dans l’adolescence, Aradia se voit confrontée à la guerre, à la perte de ses parents et à l’occupation de sa ville par les forces ennemies. Livrée à elle même au milieu de compatriotes ne lui reconnaissant plus son statut et de guerriers mal dégrossis vouant un culte à l’ours et au loup, elle va devoir compter sur sa volonté et sa chance pour non seulement survivre mais trouver sa place dans ces temps troublés. Et peut-être Thenser, son compatriote dont les louvoiements pour échapper à la précarité de son destin forgeront la légende, pourra-t-il indirectement l’aider…

Aradia est un récit de fantasy – que l’on pourrait qualifier d’urbaine – qui emprunte davantage à la tradition des grandes sagas romantiques qu’à Tolkien et consorts. Ni magie, ni créatures maléfiques, ni combats épiques ici ; seulement le destin d’une jeune femme, sans autre particularités qu’une beauté remarquable et une certaine dose de combativité, qui tente de s’adapter à un monde en pleine mutation. Nous sommes loin des standards de l’heroic fantasy populaire et il faudra une certaine ouverture d’esprit aux fans pour apprécier à sa juste valeur ce récit souvent intimiste mais jamais dénué de souffle.

La politique de la jeune collection Points Fantasy, lancée par les éditions du Seuil et dirigée par Fabrice Colin, en plus de surfer sur la vague du succès connue par la fantasy, semble être d’en donner une vision assez large pour contribuer à la sortir de ses carcans habituels. La preuve en est la réédition de ce roman de Tanith Lee initialement traduit et publié chez feu l’Oxymore. L’intention est donc louable de la part de Points, d’autant que la publication en France d’une œuvre de la grande Tanith Lee est toujours une bonne surprise. Hélas, dans sa hâte de sortir un maximum de titres en un minimum de temps, l’éditeur a fait l’impasse sur une nouvelle traduction. Or, celle proposée est tout bonnement ratée. Laborieuse, trop soucieuse de coller au texte d’origine (il est vrai que le style racé de Tanith Lee ne doit pas être des plus évident à adapter) au détriment de la fluidité de la lecture, voire de la congruité de certaines phrases, elle donne parfois l’impression au lecteur d’être à côté de l’histoire. Attendez-vous donc à lutter quelque peu pendant le premier tiers de ce roman.

Ceux qui persévéreront malgré cette faute de goût, auront la récompense de découvrir un récit et une héroïne aussi intenses qu’inoubliables.

— Michaël F.

Collection Points Fantasy
Traduit de l’anglais par Estelle Valls de Gomis
388 pages – 7 €
Isbn : 2.7578.0166.X

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