"Arlis des forains" de Mélanie Fazi

Il nous raconte l’histoire d’Arlis, jeune garçon de onze ans, adopté par les forains et n’ayant pour compagnons de jeu que serpents, singes et ours. Sa vie semble toute tracée jusqu’au jour où il débarque à Baily Creek. Il y fait la connaissance de la fille du pasteur local, Faith. Celle-ci, désinvolte et sûre d’elle, va initier Arlis aux mystères du Seigneur des Moissons, l’épouvantail qui veille sur les champs de blés. Et, là, tout va basculer… Mort et confusion entrent dans la danse, transformant à jamais la vie d’Arlis.
Ce qui peut paraître, au premier abord, comme un livre destiné à un public jeune est en fait un récit mûr où les sentiments ont le beau rôle.
L’auteur se sert d’une écriture limpide, fluide et efficace. Elle use ici de la science du discours, où le je d’Arlis facilite l’immersion dans la peau de cet enfant atypique et solitaire. On notera tout de même les nombreuses analyses et suppositions que nous livre Arlis en pleine scène d’action, ce qui peut parfois amener à une coupure dans la narration.
La trame d’Arlis des forains est délicatement menée. On découvre un monde dur et adulte sous le regard d’un gosse qui sent qu’on lui cache des choses. L’atmosphère nocturne, baignant dans la lumière lunaire et soumise au vent de cette Amérique rurale, donne à l’histoire une touche onirique très appréciable. Le facteur fantastique est omniprésent même s’il ne se montre jamais réellement. C’est toujours une note d’arrière-plan qui teinte l’ambiance d’un goût de rêve. La psychologie des personnages, notamment du protagoniste principal, est bien décrite tout au long des quelques trois cents pages et on est rapidement convaincu par le héros, malgré ses pensées qui peuvent parfois sembler déphasées par rapport à son âge. Un regret : quelques longueurs au début du roman lorsque l’action commence à se mettre en place.
En résumé, Mélanie Fazi nous livre ici un roman touchant où la magie de l’enfance se heurte aux désillusions du monde adulte, sans se livrer au sentimentalisme facile.

— Elmar