"Avaleur de Mondes" de Walter Jon Williams

Aristide est bretteur. Et scientifique. Sous le soleil à jamais immobile qui écrase les déserts de Midgarth, il ne craint personne. Ni les orcs, ni les trolls, ni les hors-la-loi rendus téméraires par la perspective d’une résurrection dans un bassin de vie en cas de décès prématuré. Et ce ne sont pas Tecmessa, son épée magique capable de déchirer le tissu spatio-temporel, ni Bitsy, sa chatte omnisciente douée de parole, qui rendent Aristide ainsi confiant et nonchalant. C’est le fait qu’il ne soit pas tout à fait étranger à la genèse de ce monde et de dizaines d’autres univers sur mesure qui se sont greffés au système solaire. Pourtant, la menace à laquelle il s’apprête à faire face et l’adversaire implacable auquel il va devoir s’opposer vont radicalement modifier sa perspective de l’existence.
Walter Jon Williams est un auteur éclectique. Entre le cyberpunk pur jus de « Cablé » pratiqué à ses débuts et la techno-fantasy urbaine de la série des « Plasma », il s’est essayé à pratiquement tous les genres de l’imaginaire, quitte à les réinventer en partie. « Avaleur de Mondes » ne déroge pas à la règle et nous réserve une lecture des plus mouvementées. En guise de mise en bouche, imaginez un premier chapitre d’heroic fantasy caricaturale et échevelée (hommage aux jeux de rôles dont l’auteur est friand) puis un basculement complet dans de la simili hard-science empruntant au Greg Bear de « Eon » et au Greg Egan de la « Cité des Permutants ». Avec des zombies.
Même en connaissant le bonhomme, il faut être sacrément accroché à son bouquin pour ne pas perdre pied. D’autant que les explications sont fournies au compte-gouttes et que les péripéties s’enchaînent trop rapidement pour laisser au lecteur le temps de savoir par quel bout prendre cet univers où les frontières entre virtuel et réel, dedans et dehors, temps et espace, semblent inexistantes. Difficile d’en dire davantage lorsque l’un des principaux atouts de l’ouvrage est de mener son lecteur d’étonnement en stupéfaction. Les amateurs de Walter Jon Williams sauront à quoi s’en tenir et ne seront pas surpris d’être à nouveau surpris. Seule la prose de l’auteur, plus précise et moins brouillonne que dans certains de ses autres ouvrages, se fera peut-être agréablement remarquer par les plus pointilleux. Quant aux autres, « Avaleur de Mondes » peut se révéler une bonne entrée en matière pour découvrir cet auteur hors normes.
Même si ce n’est pas l’ouvrage le plus marquant de Williams, ce concentré d’inventivité, de rebondissements et de personnages hauts en couleur a peu de chance de prendre la poussière sur votre table de chevet.

— Michaël F.

Éditions L’Atalante
409 pages – 18€
ISBN : 978-2-84172-460-4

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