"Bios" de Robert Charles Wilson

Wilson est un auteur canadien peu connu en France : il n’empêche qu’une demi-douzaine de ses romans ont déjà été publiés dans plusieurs collections, le plus atypique (et original) étant sans doute Darwinia, chez Denoël Lunes d’Encre. À noter aussi Vice-versa (J’ai Lu), un peu fade et plus convenu. « Bios », comme son titre l’annonce un peu, est à mille lieux de ceux-là : de la hard-science pure et dure, c’est-à-dire un peu froide, comme c’est parfois le cas sur ce type de sujet. Il s?agit cependant, comme d’habitude chez Folio, d?un titre déjà sorti, également chez Denoël.
Le scénario est assez classique : un groupe humain occupe une station scientifique (théoriquement) étanche sur la planète Isis, aux fins de l’étudier. Dès le début du roman, « rien ne va plus » sur Isis : en effet, incidents et agressions se succèdent sous la forme d’organismes, de bactéries, ou de virus particulièrement? virulents de la planète, qui viennent aisément à bout des joints et des barrières de confinement isolant la station, ou les scaphandres des pionniers. C’est pourquoi Zoé, une jeune fille biologiquement modifiée à titre expérimental et rendue insensible aux agressions virales, a été envoyée depuis la Terre pour y apporter son aide et servir, plus ou moins, de cobaye. Zoé, reprogrammée jusque dans son mental, est censée être devenue un être froid, une sorte « d’utilitaire humain » privé de sentiments. Mais il s’avère (elle-même le découvrira à ses dépens) que ce n’est pas le cas et qu’elle n’est pas si insensible qu’elle le devrait à son environnement, qu’il s’agisse de souvenirs douloureux de son enfance qui remontent à la surface? ou de certains de ses compagnons. Comme eux elle découvrira, mais trop tard, le secret d’Isis et de ses étranges habitants muets à l’allure de vieux castors, et elle y perdra ses illusions et son amour naissant pour Tam Hayes, l’un des scientifiques de la station. Avrion Theophilus, son mentor terrestre venu la rejoindre pour suivre l’expérience Zoé, sera le seul survivant, mais à quel prix : celui de la solitude dans une station abandonnée.
« Bios » offre au lecteur une vision saisissante, brillante, hyperréaliste dans ses descriptions et sa technologie mais, avant tout, pessimiste et glacée, de la confrontation de l’homme avec l’inconnu, à savoir la planète Isis. Par sa noirceur absolue, sans rémission, c’est une véritable gifle, pour les fans d’exploration spatiale et de « contact réussi » ; d’autant plus que le roman est très court, presque trop, ce qui en renforce l’impact, ne laissant aucun espoir, ni aucune chance de survie aux explorateurs de mondes étrangers. La planète Terre y est très en retrait, lointaine, presque inaccessible (à cause de la distance et des barrières virales contraignantes). Elle n’apparaît que via les souvenirs d’enfance de Zoé, ainsi que dans la transposition un brin anachronique de structures hiérarchiques antiques, fondées sur les clans et les familles, avec la prédestination (ascension sociale, détention du pouvoir) qu’elles impliqueraient sur la société humaine jusque dans ce futur lointain. Dans la catégorie « découverte de mondes étrangers », « Bios » est un très bon roman de SF, mais frustrant aussi ; on aurait aimé un développement plus poussé et, surtout, moins pessimiste et déprimant, de l’intrigue et de l’univers complexe et hyperréaliste mis en place par Wilson. L’univers qui nous entoure (et qui nous attend?) est-il vraiment aussi cruel, même sans le savoir ?

— Biff

Éditions Folio SF

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