« Chants de totems » de Nathalie Dau

TotemsQuatorze nouvelles dans une anthologie dirigée par Nathalie Dau et Hélène Pedot, à laquelle on doit la préface et un glossaire, pour une consécration de la culture amérindienne.
À la fois par le biais d’un regard moderne mais aussi selon la tradition, avec le conte Coyote repeuple le monde qui clôt ce recueil.
Totem de Franck Ferric est dans la longue lignée de contes des grands ancêtres. Qui mieux qu’un totem lui-même pourrait remonter sa propre trace à travers les âges ?
Dans Sables noirs, Aurore Perrault accompagne Guillaume, l’ingénieur français, sur le chantier d’un de ses gros clients. Il y découvrira un ami, l’indien Nantan, et prendra également conscience, bien confusément, de la mise en danger de l’environnement. Rien n’est réellement neutre lorsque c’est de l’argent qui est en jeu. Oublier la terre sacrée et ses esprits est-il totalement raisonnable ?
Avec Mitakuye Oyasin de Carole Grangier, nous suivons pour guide l’esprit d’un vieil indien, Un théâtre d’images pour rappeler un peuple qui fut volontairement effacé et coupé de ses racines.
Visions d’Armand Cabasson a la force des rêves. Ceux d’un petit groupe de Sioux Lakotas qui, dans un monde où n’existe plus guère pour eux que le chômage et la misère, entreprend avec plus ou moins de foi une Danse des Esprits pour retrouver leur terre d’avant les blancs.
C’est Robert Jurie, un normand parti aux Amériques pour y découvrir cet Éden du nouveau monde qui effectuera Le Grand sault. Par ses yeux, Denis Labbé, nous fera découvrir les espoirs déçus, l’incompréhension entre peuples si différents mais, aussi, que les esprits peuvent toujours s’ouvrir pour peu qu’on les y aide un peu.
Le Dernier ours d’Arctique de Vanessa Terral prend une saveur toute particulière au regard des catastrophes naturelles qui s’abattent sur le centre et le nord américains. Apparemment, ce sera pire en 2017. C’est ainsi qu’un indien doté de quelques pouvoirs d’une descendance légendaire partira solliciter l’aide de la Femme-Ourse pour implorer la clémence de la Magicienne de la Mer. Un très joli conte.
La grotte de l’indien de Pierre-Alexandre Sicard est celle où Niyol, l’ami indien du petit Tim, lui permettra de se réfugier lorsqu’une inondation aussi violente qu’inattendue s’engouffrera dans le canyon où jouaient les deux enfants. Et, comme toutes les grottes, elle sera lieu d’initiation.
Cœurs apaches de Nicolas Cluzeau. L’agent Mary-Ann Brown, née dans la réserve des Jicarillas, est sans doute la mieux placée pour pénétrer les pensées des meurtriers qui détruisent les cerveaux des parents et enlèvent les enfants. Réels pouvoirs psychiques ou véritable intuition apache ?
Est-ce bien L’Appel du tambour qui résonne pour les personnages de Sophie Dabat ? Ne serait-ce pas plutôt l’appel de leur propre sang inuit qui ramène sur un même chemin Mikki, la jeune artiste albinos en perte d’inspiration et Jérémy, son frère, marginal mâtiné de voyou ?
Le Triple totem de Marie-Catherine Daniel est celui que va découvrir une adolescente au cours de son initiation. Femme ? Homme ? Qu’est-elle exactement ?
Ceux-qui-reviennent, de Jean-Michel Calvez, y sont bien obligés, en dépit de l’esprit pacifique des Hopis. Que des paléontologues ne soient pas capables de comprendre qu’on ne fouille pas impunément une terre sacrée, c’est souvent le cas. Il est plus rare qu’ils comprennent réellement pourquoi mais qu’ils puissent l’expliquer n’est tout simplement pas possible.
Instinct de Marie Barthelet joue sur le mythe des métamorphoses mais ne me parle pas. Un tout petit tatouage, voilà qui peut paraître bien innocent. Encore faudrait-il que le tatoueur ne sache pas tout de vous et de vos rêves et ouvre des portes que vous pensiez bien fermées. Chez les Inuits, les légendes sont encore bien proches.
Ghost dance de Jacques Fuentalba évoque ce mouvement messianique qui s’implanta chez les indiens et la fin de Sitting Bull qui l’avait encouragé. Mais aussi les âmes tourmentées de ceux qui furent victimes ou bourreaux d’une page d’histoire dont il n’est pas de fierté à tirer.
Un recueil cohérent à la mémoire de peuples partiellement ignorés, mais un reproche à faire pourtant, l’illustration de couverture repousserait plutôt le lecteur, d’autant qu’elle est soulignée par une police de caractères désastreuse.
Voilà qui est d’autant plus dommage qu’aucun des textes retenus ne manque de qualités même s’ils sont à mes yeux assez inégaux. Le propre des anthologies. Mes préférés sont de très loin Triple totem, La Grotte de l’indien et Le Dernier ours d’Arctique mais aucun ne se lit avec déplaisir.

Argemmios éditions 
375 pages – 20 € 
ISBN : 978-2-919049-05-9

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