« Contes du monde »

contes-du-mondeUn recueil de nouvelles, nombreuses, très courtes et évocatrices de contes mais qui, assurément, n’ont point été transmises de bouche à oreille durant maintes générations. Qui sait si elles le seront à l’avenir ? Quelques-unes s’y prêteraient bien, je crois, même si un certain nombre d’entre elles ne répondent pas à la définition.
Les premières pages s’ouvrent sur L’Oiseau-roi et le lion magicien de Cyril Carau. Petite légende courte d’un oiseau qui se croyait roi et d’un lion qui voulait être magicien. Où l’on découvrira que les chemins les plus opposés peuvent mener également à la sagesse,
Viva amor, de Céline Guillaume, comme le titre l’indique, rappelle la force de l’amour partagé fut-ce entre une marchande d’agrumes et un notable, que la magie s’y oppose ou non. Une petite Cendrillon moderne des rues de Salvador de Bahia.
Suit L’Échine du monde, d’Yves Crouzet, où ce vieux Noah, sans doute un peu détraqué, raconte l’histoire du monde au petit Saul émerveillé. N’est-ce pas le propre des légendes que d’enseigner comment vivre en harmonie avec son environnement ? Celle-ci est donc bien de saison. Elle m’a bien plu.
Vie et mort du soleil de Vincent Milhou, dans lequel Papa Rhissi, le père des Toucouleurs, dompta le soleil, est tout à fait dans la tradition africaine. Il mériterait donc d’être apprécié à cette lumière si l’auteur ne l’avait conclu par l’ajout d’une « morale » inutile aux airs de pièce rapportée.
La Fille aux clous d’Ambre Dubois, dont le propos est fort clair, évite parfaitement cet écueil. Petite histoire fantastique où l’ombre de la magie vaudou suit pas à pas un riche trafiquant américain dans les rues d’une petite bourgade d’Haïti. C’est une des joies de la littérature que ces petites vengeances sur l’injustice ordinaire.
Christophe Nicolas, lui, avec Coccinelle, touche davantage à cette magie dont certains sont capables de charger un objet pour remettre un être perdu sur le chemin de la guérison, même si guérir est parfois douloureux.
L’histoire du chanteur mélancolique et de Jacques le dresseur de feux follets, de Nico Bally, est également celle d’un empereur fantasque et d’un chanteur trop ambitieux pour son propre bien.
Dans Nach dem Krieg, Charlotte Bousquet ne laisse pas la moindre chance à sa petite héroïne, une enfant encore, dont la mère s’est enfuie avec un américain. Dans les décombres de la guerre, vivant cachée avec son père, un fidèle d’Hitler, quel destin pouvait-elle attendre ? Une langue très pure et une cruauté qui ne l’est pas moins.
Les Cinq génies de Gabriel Féraud se sont certainement échappés des Mille et une nuits car ces histoires dans l’histoire en ont gardé tout le parfum. Il était deux jeunes magiciens dans Bagdad…
L’Aquarium de Jules de Maëlig Duval. Même si les parents du petit Jules n’en sauront rien, c’est à travers la musique que le petit garçon découvrira que l’on ne perd jamais pour toujours ceux que l’on aime.
Dans Miroir lune d’Andoryss Mel, le conte se mêle à la rêverie d’une fillette venue chercher au bord du lac Baïkal un petit moment de solitude au cours d’une fête. C’est, de loin, le texte que j’ai préféré pour la fluidité de son écriture qui se prête parfaitement au contenu poétique.
Tsigana, la ballade de Katerina de Sandrine Scardigli, évoque le triste sort d’une petite orpheline tsigane dans un monde qui ne leur est guère tendre, mais il y a toujours des mains qui se tendent pour peu qu’on ait la volonté de les saisir. Et ça change tout.
Le Long puits de Pierre Brulhet nous ramène en Afrique où Mamadou trouvera le courage d’entrer dans le Long puits pour combattre les créatures qui en sortent à la pleine lune et boivent le sang des enfants du village. Pourtant, il y a bien un ancien pour le lui déconseiller.
Avec Vassilissa et le Cavalier de l’aube d’Olivier Boile nous retournons en Russie, et pour un vrai conte de tradition classique sauf que… je ne sais si Vassilissa la belle apprécierait beaucoup mais, pour ma part, j’ai bien aimé.
Des Vacances si excitantes d’Élisa Dalmasso ne sont pas un conte du tout. Plutôt l’observation entomologique, pourrait-on dire, d’une variété de neuilléens, espèce antropomorphe n’ayant rien d’humain. Glaçant.
Une lecture qui en vaut la peine, donc, même s’il ne s’agit pas « que » de contes et si tous les textes ne se valent pas, mais c’est là le propre de tous les recueils. À signaler, ce qui est moins commun, que le livre est édité en partenariat avec l’association Bibliothèques sans frontières à laquelle seront reversés trois euros par unité vendue.

Éditions du Riez
214 pages – 16 €
ISBN : 978-2-918719-04-05

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