« Contes Myalgiques II – Les Atouts du Diable » de Nathalie Dau

contes myalgiques IIQue l’on ne s’y trompe pas, ces contes-là ne sont pas de ceux dont on berce les marmots et pleins de vaillants héros qui, au bout de leurs peines, trouveront la fortune ou épouseront la princesse avec laquelle être heureux, entouré de beaucoup d’enfants.
S’il y est des enfants, c’est à titre d’épreuves, et il y a beaucoup de cruauté dans ces contes. Même le diable, habile à se cacher, s’y sent bien souvent dépassé comme si l’auteur, lorsqu’un petit germe d’espérance affleure à la surface, s’empressait de l’enfouir de nouveau.
Une très belle écriture pour un recueil de dix-neuf courtes nouvelles serties entre deux poèmes. Une porte d’entrée sur la souffrance, Scartime, une porte de sortie en forme de Textament. Entre les deux, le monde, avec ce qu’il y faut de magie et de métaphore pour ne pas s’éloigner du chemin.
Parce que ses parents ne sont pas de ceux qui assistent à la messe, ou parce qu’elle est trop solitaire, Païenne ne sera jamais acceptée ni de ses camarades ni des sœurs du pensionnat religieux dans lequel elle doit grandir. Pourtant, que d’amour était-elle capable de donner à Dieu mais il ira à qui peut le recevoir car tout se paye, en amour ou en sang.
Pas de rédemption non plus pour le jeune Rachid, parce qu’il s’est laissé entraîner contre son gré par son meilleur ami. Avec Une Petite pièce après l’autre, il devra payer le prix de cette lâcheté dont on ne lui fera pas crédit.
Savez-vous ce que signifie GPS ? Global Punishing System. De quoi faire réfléchir les machos de tout poil. À quand la mise en fabrication de ce modèle précis ?
Knock, Knock, Knocking on Hell’s Door. Les mineurs le savent bien qu’un petit coup de pioche de trop ouvre la porte au diable qui balaye les hommes d’un coup de grisou. Ceux qui payent de leur vie la cupidité de leurs exploiteurs. Le petit Jeannot ne risque pas de l’oublier, lui qui a perdu son père et son grand-père et doit descendre à son tour, avec les conseils de son aïeul pour seul viatique. Sans oublier que le diable n’est pas seul à hanter la mine. À la fois joli texte et impressionnant documentaire sur la vie, pas si lointaine que ça, des mineurs de fond.
Il y a davantage de douceur dans Le Goût du miel car il serait difficile de remâcher indéfiniment son amertume si une tartine sucrée suffit à effacer vos chagrins. Mais quand il y a toute une enfance à consoler, même le miel a besoin d’un peu d’aide.
Solamente s’essaye au jeu des miroirs entre le narrateur et celui qu’il fut peut-être mais sans convaincre vraiment.
Les fées, à ce que l’on raconte, ont disparu ou se sont étiolées faute de gens pour y croire. Mais il suffit d’une petite graine de panique profondément enfouie dans le cœur pour ouvrir des chemins à la Mesnie Hellequin. Seule l’inconscience permet de passer à côté, mais pas toujours. Cette Raven Party ne sera pas précisément la distraction que Jenny avait envisagée pour Lise.
War Seed, c’est bien cela ces mines antipersonnel à peine enfouies dans la terre qui fleurissent en explosant et fructifient en abominables guerres personnelles. Maudits soient les semeurs !
La Force du déni est l’une des plus puissantes de toutes. Telle qu’elle peut aider le Mal à se manifester. Le Bien peut-être aussi ou est-ce encore le Mal ?
La Peau du Diable est celle, illusoire, dont le démon a revêtu le corps de la jeune femme. Rien ne doit la protéger jamais de la souffrance extérieure puisque, au poids d’un veuvage accidentel dont elle est innocente, s’ajoute celui d’une belle-mère capable de vendre son âme pour cette vengeance injuste.
C’est une condamnation sans appel qui sort de La Bouche, une bouche entre toutes mais reliée en tous temps et en tous lieux à l’impitoyable crime des mutilations sexuelles.
Elles sont Pour Camille, en effet, ces extraordinaires crèches que son Papé construit chaque année sans jamais avoir osé concourir pour les Milles-une-crèches de Sainte-Mague. Mais à neuf ans, on peut donner un coup de pouce au destin. Seulement les Puissances aussi tentent leur chance, mais aux dés.
Une petite respiration pleine d’humour pour ce Nouveau-né, parce qu’il faut bien des parents de niveau 50 pour aider un « newbie » à démarrer dans un MMPORG.
Les Ailes de l’Anaconda sont une fantasy mythologique qui nous emporte très loin en Amazonie pour mieux nous ramener vers nos rivages car c’est le propre de l’amour, quelle qu’en soit la forme, de nous faire atteindre à l’universel.
Pour qui sonne Clochette ? pour les enfants qui croient aux fées, envers et contre tout. Et elle les aide à grandir mais pour peu qu’on la néglige, elle part bouder dans son coin. Alors adieu la poudre de fée…
C’est avec toute la poésie d’un conte qu’en quelques pages à peine Quand viendra l’aube réussit à toucher aux fondamentaux : la douleur du deuil, l’emprise de la religion sur les vies, l’hypocrisie, la cupidité, les liens du sang, la cruauté et l’innocence. Partant, c’est avec la force du conte que l’on reçoit ce texte très court qui passe directement par l’émotion pour inviter à la réflexion.
Notre-Dame des algues est un récit à deux voix, celles d’Arlequin et de Tiste, son protégé. En ce début du XVIIè siècle, si les querelles entre huguenots et papistes ne sont plus à craindre, c’est la famine que l’on redoute à présent dans Paris. Une tournée le long de la Marne est donc l’option la plus sage pour le comédien et sa troupe de théâtre. Parce qu’à la campagne, on trouve plus facilement sa pitance et sans doute y résident encore des déités, parfois bienveillantes.
Texte cruel que Le Saut de l’Ange car il est peu de douceur pour ceux qui naissent différents. Et même s’il est toujours des chats pour les consoler, c’est rarement suffisant.
Celle qui demeurait, nouvelle qui clôt ce recueil, une de mes préférées, s’articule autour d’une prophétie. Comme chacun sait, les prophéties sont toujours exprimées de façon ambiguë, ce qui leur permet de toujours être accomplies, en dépit de toutes tentatives pour s’y opposer.
En privilégiant dans ce deuxième tome le côté le plus sombre des contes, dans une écriture à la fois recherchée et limpide, l’auteur donne toute leur valeur aux lumières qui y transparaissent, ce que souligne parfaitement l’illustration de couverture due à Magali Villeneuve.

Griffe d’Encre éditions
203 pages – 18 €
ISBN : 978-2-917718-24-7

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