Coprophanaeus n° 3 – "Les ombres"

Un important numéro du scarabée à double titre.

Tout d’abord il affiche allègrement ses 56 pages sur la balance, ce qui, pour un coléoptère, commence à être imposant.

Mais surtout parce qu’il a pris le parti, étant dans l’Egypte ancienne à la fois divinité tutélaire et symbole d’accompagnement du passage du monde diurne – solaire – au monde nocturne – lunaire -, de regarder le coté obscur de la lumière : l’ombre.

En huit nouvelles, neuf illustrations, une chronique et une très belle présentation des auteurs et illustrateurs, le scarabée de Damoiselle Meor nous conduit à regarder sous nos pieds, à tourner la tête pour deviner qui nous suit, et même à lever les yeux au ciel pour examiner cette interface de deux mondes qui se côtoient souvent en s’ignorant.

Même si les textes sont d’inégale qualité, si les illustrations fleurent parfois bon l’amateurisme et si quelques fautes égayent ce numéro, ce fanzine mérite d’être connu, lu, parcouru et apprécié.

La place donnée par l’équipe rédactionnelle à la promotion des auteurs et illustrateurs dans une superbe « sortie des artistes » mérite à elle seule que vous vous fendiez de 2€ pour acquérir ce numéro.

Pour cette modique somme, vous découvrirez…

Eux (Hanako)
Le scarabée s’ouvre sur cette très courte nouvelle d’Hanako.
Courte, elle l’est par sa longueur, mais aussi par son contenu qui m’a laissé sur ma faim. A trop vouloir laisser ces ‘Eux’ dans l’ombre, à se limiter à leur évocation, l’auteur n’a pas réussi à m’intriguer, à m’inquiéter.
Peut-être ce sentiment est-il aussi dû à quelques erreurs qui nuisent à la lecture (ainsi d’un ‘repaire’ malencontreusement devenu ‘repère’), à une phrase finale qui m’a paru bien faible ou, surtout, à une illustration introductive déroutante, car sans rapport avec la nouvelle.

Gardiens d’une ombre (Nicolas Bally)
Le rythme enlevé, la qualité des descriptions, le sens du détail, le réalisme des dialogues sont autant d’élément qui permettent à Nicolas Bally de nous accrocher et de nous immerger dans son univers.
Une très bonne nouvelle où se mêlent l’ésotérisme et le roman policier ; même « Da Vinci Code » vous paraîtra bien mièvre lorsque vous aurez lu « Gardiens d’une ombre ».

Monsieur Langous (Xavier Froment)
Les univers psychiatriques sont souvent source de craintes et de phantasmes. C’est dans un tel univers que Xavier Froment place l’intrigue de sa nouvelle.
Une chute attendue et un style légèrement décousu ne gâchent pas le plaisir que l’on ressent à la lecture de ce texte, qui vous prouvera que la recherche matérialiste de la rentabilité peut ouvrir des portes bien dangereuses.

La clé des ombres (Léo La Treille)
Un style bien trop affecté, une volonté trop visible d’éviter les répétitions qui conduit à des choix de substantifs inappropriés et un manque de cohérence dans les descriptions nuisent à la lecture de ce texte de Léo La Treille, dont l’intrigue aurait mérité un meilleur traitement.
Ce sentiment est encore accentué par le contraste imposé par la qualité, tant narrative que stylistique, des 4 phrases qui constituent le dénouement de cette nouvelle. Je regrette que Léo n’ait pas recouru à la même simplicité et à la même spontanéité pour l’ensemble de son texte.

Le pourquoi du comment (Menolly)
Facile et enjoué sont souvent les premiers qualificatifs qui viennent à l’esprit à la lecture d’un texte de Menolly.
La joie est bien présente, servie par un humour débridé. La facilité aussi ; peut-être trop ? La fin de ce texte m’est en effet paru légèrement galvaudée.
Mais ne boudons pas notre plaisir ; ce conte délirant se déguste avec un immense plaisir, et l’aventure de ces êtres étranges venus d’ailleurs pour admirer un théâtre d’ombres ne manquera pas de vous rappeler le meilleur des péripéties des Groboulons immortalisés par Douglas Adams.

La cité du printemps (Cindy Van Wilder)
Une magnifique nouvelle, rythmée, vivante, portée par un style limpide.
Cindy Van Wilder nous livre l’histoire de Zou, une toute jeune fille, dont, par le talent de l’auteur, nous partageons la joie juvénile et naïve devant le théâtre d’ombres. Le désenchantement de l’épilogue voulu par Cindy Van Wilder n’en est que plus bouleversant.

Celle qui Suit (Meor)
Une nouvelle fantastique sur la gémellité et ce qui peut en découler, proposée par Meor, originale y compris par son dénouement qui vous permettra, lecteur, de devenir acteur.
Un rythme légèrement syncopé et un style parfois décousu ne m’ont toutefois pas permis de complètement suivre « Celle qui suit ».

Le Cirque des ombres (Karim Berrouka)
Un nouvelle écrite par Karim Berrouka et qui débute par « Je suis le chef du cirque des ombres » ne peut pas laisser indifférent.
Venant ici presque en contrepoint à « La cité du printemps », tant par sa trame que par sa qualité d’écriture, j’espère que ce « Cirque des ombres » fera votre bonheur de lecteur comme il a fait le mien. Un style dense, solide, une écriture puissante, ferme mis au service de la douceur et de la fragilité !

Il est difficile de passer après « le cirque des ombres ».
Nous savons bien que le spectacle est fini. Que déjà, en coulisse, les artistes se démaquillent et que les accessoires sont remis en caisse.
C’est toujours un crève-cœur de quitter le chapiteau magique et de retrouver le quotidien.
Aussi, Zaahne, qui se doute de notre tristesse, nous a organisé non pas un rappel qui ne serait qu’un numéro de plus, un numéro de trop, mais plutôt un moment de partage, un de ceux qui nous entrouvre le rideau rouge, nous donnant à apercevoir les coulisses.
Ici, c’est la présentation de « Dans la Peau d’une Ombre », une nouvelle de MelyNaë disponible sur la toile.

Nous pouvons alors quitter ce numéro 3 de Coprophanaeus, la tête encore remplie de mirages, de visions… d’ombres.

Lam’Rona

Coprophanaeus
périodicité bimestrielle
coprophanaeus.free.fr/blog/
prix : 2€
56 pages N&B

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