"Coule la Cèze" de René Couteaudier

Avec Coule la Cèze, René Couteaudier nous transporte au XIIème siècle, dans les Cévennes.

Après cinq années passées aux Croisades, trois écuyers rentrent au pays. Ils y retrouvent avec bonheur leurs racines : le village, inchangé depuis leur départ, ses habitants, curieux de leur terrible aventure, qui les pressent de questions et dont l’imagination galope à l’évocation de cette mystérieuse Palestine.
Les trois Croisés détiennent cependant un lourd secret qu’ils tenteront de garder le plus longtemps possible : pourquoi leur chevalier, le jeune fils du seigneur, parti avec eux, n’est pas de retour lui aussi ?

Avec talent, l’auteur nous dépeint la vie rude de ces villageois du Moyen Age : en terre cévenole, pays austère et rocailleux, ce sont surtout des paysans. Mais il y a aussi l’apiculteur, qui a la science des abeilles et sait soigner leurs piqûres, le forgeron, le clerc, qui sait lire et parler le latin, le seigneur pour qui une descendance mâle est primordiale et qui acceptera de financer la construction d’une église. Les personnages décrits, dont la foi côtoie souvent la superstition, attachent beaucoup de prix au « poids de l’âme ».

René Couteaudier nous livre là une œuvre tout à fait inattendue, dont l’originalité réside bien moins dans le sujet que dans la manière de l’aborder.
En effet, entremêlant vieux français et dialecte occitan, il pousse son lecteur à une gymnastique cérébrale car il ne peut lire ce roman comme on le fait d’ordinaire. Il lui faut assimiler des mots désuets, s’approprier des idiomes qui ne sont pas les siens, se familiariser avec de nouvelles tournures de phrases.
Certes, la lecture s’en trouve ralentie, mais seulement dans les toutes premières pages, car l’auteur réussit l’exercice difficile de glisser la traduction d’un mot de patois au détour même de la phrase, évitant ainsi la désagréable impression de lire un article du dictionnaire.
Par ailleurs, René Couteaudier a prévu les éventuels cas de « panne » et a inséré un index en fin d’ouvrage.

Lire Coule la Cèze, c’est comme découvrir un film en version originale : certes, il y a la contrainte du sous-titrage, mais les voix que l’on entend sont les voix véritables des acteurs. Pareillement, avec ce roman, on entend le parler de jadis, l’accent du terroir.

C’est ça Coule la Cèze : le goût du vrai, le parfum de l’authentique.

— Psyché

Editions Persée
17 € – 206 pages
ISBN 10 : 2-35216-007-3
ISBN 13 / 2-35216-007-6

%d blogueurs aiment cette page :