"Dark Water" d’Hijo Suzuki

Quand l’eau devient source de cauchemars…
Qui mieux que Dario Argento pouvait faire de l’élément le plus neutre et le plus paisible de la nature un univers sournois et porteur de vices ? Personne, jusqu’à ce que Hijo Suzuki, pétri par sa culture japonaise, dépeigne à travers un recueil de nouvelles époustouflantes le pouvoir de l’eau, dans toutes ses dimensions les plus étranges. Qu’elle soit mer, larme, bain, l’eau est le monde de toutes les angoisses, s’éloignant du symbole maternel qu’Argento lui prêtait souvent.
Suzuki sculpte ici une thématique déclinée en histoires imaginaires, s’éloignant pourtant de l’horreur ou du fantastique pour certaines d’entre elles, mais qui gardent une dimension morbide et oppressante : l’homme est un faible pion face à ses angoisses et n’est plus que larve devant la puissance irréversible de la nature.

A travers les sept nouvelles diablement bien écrites, Suzuki nous pousse à nous imprégner des personnalités qui évoluent à travers le texte. Il réside dans son écriture une capacité étonnante à faire graviter un décor, une histoire, un événement, autour d’un personnage souvent torturé par une angoisse ou un caractère altéré par de dures réalités, et peu d’écrivains contemporains peuvent prétendre posséder cette facilité stylistique qui fait mouche, et qui fait d’une nouvelle parmi tant d’autres une incontournable du genre.

Après la lecture de ce recueil, vous serez animés par une drôle d’hésitation qui vous poussera à vous demander si le livre vous aura plu ou non. Etrange, n’est-ce pas? Le pouvoir de l’écriture de Suzuki est sournois… Car l’effet escompté viendra bien après.

— Asphodel