« De la Corne du kirin aux ailes du fenghuang »

antho_asie_couv_15x23bUne anthologie dirigée par A.S. Bora et C. Duquenne et agréablement illustrée par Priscilla Grédé. Dix-huit nouvelles consacrées au bestiaire asiatique et regroupées par « régions ». Un voyage d’Ouest en Est depuis les Îles du Levant jusqu’aux Bords des mers de Chine, en passant par le Sud de l’Himalaya après un court Interlude sibérien.
Lequel se résume à une unique nouvelle, fort belle, La Trace du grand serpent d’Alex Evans, de ces récits qu’un guide réserve aux touristes lors d’un soir de bivouac en pleine nature.
Beaucoup de bons textes, d’autres moins, question de goût en partie, mais pas seulement. Une seule histoire médiocre, lorsqu’elle s’accompagne d’une orthographe fantaisiste des noms propres dans une même page, est bien propre à gâcher une lecture.
De l’ensemble des autres récits, qui touchent au conte ou flirtent avec le fantastique ou la science fiction, je retiendrai surtout :
Hiderigami et le tanuki, d’Anthony Boulanger. Une fable qui, pour être tout asiatique, n’en a pas moins une portée universelle.
De même, Fin de cycle de Marthe Machorowski, nous replonge dans la longue tradition de ces fins sacrificielles qui ne sont en réalité qu’un éternel recommencement.
Plus légèrement, va savoir ce qu’il en est des souvenirs qu’a racontés Élodie, accoudée au comptoir du narrateur. Est-il bien certain qu’elle soit une menteuse, cette « Uso-tsuki » de Lilia Kessens ? Ou qu’elle ait perçu une autre réalité ?
Avec Ryokôsha qui achève la tournée des Îles du Levant, Philippe Deniel nous ménage un moment de récréation en mélangeant allègrement démons du répertoire et voyage dans l’espace.
Flora Greys, elle, nous conte de façon particulièrement poétique, et en cinq actes, la légende des Défenseurs de Siddapur, où se mêlent hommes et dieux dans la ronde de leurs existences.
Lorsque le jeune Lawrence a rejoint l’armée, c’était moins pour en découdre avec un quelconque ennemi que pour planer solitaire aux commandes de son bel Albatros. Mais contempler l’Himalaya dans toute sa splendeur a un prix. Le Cygne et l’Albatros de Céline Etcheberry en est une élégante métaphore.
Petite parenthèse plaisante avec Serinette pour un qilin. C’est dans un décor très steampunk que nous conduit Léo Lallot. Un Shangaï qui s’ouvre juste à toutes les merveilleuses machines occidentales en même temps qu’aux pires trafics d’aventuriers en tout genre. Une époque où le monde pouvait encore basculer vers le pire ou le meilleur, et il y suffisait d’un rien.
Véronique Pingault nous offre une petite satisfaction environnementale avec Ha Long, la descente du dragon, même s’il n’est pas spécialement aisé d’obtenir certaines protections, et encore faut-il avoir beaucoup de chance au départ..
Un Parfum d’éternité de Célia Flaux, nous entraîne dans une mini course-poursuite entre un loup-garou venu du Montana et un tigre tueur coréen. L’intervention d’une renarde ne sera pas de trop et lui donnera un petit tour charmant, encore que ce ne soit pas un qualificatif dont accompagner spontanément les métamorphes.
L’Argent terni, de Mathieu Rivero, est celui du bracelet de pouvoir de la jeune Hua mais, vu la modique somme qu’elle pouvait y consacrer, sera-t-il suffisamment puissant pour l’aider à se venger ?
Enfin, une mention vraiment spéciale à la toute dernière nouvelle, ma préférée, Ils Seront du voyage, due à la plume d’Eva Simonin, et qui résume sans doute mieux qu’aucune autre ne le pourrait l’essence même de cette anthologie.

Éditions Voy'[el] 360 pages – 22 €
ISBN : 978-2-364752-85-6

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