Éclats de Rêves – juin 2005 – numéro 5 : « Les félins »

Voici le 5e volet d’éclats de rêves, qui nous sert aujourd’hui dix nouvelles aux tons variés mais tournant immanquablement autour des chats ou de leurs cousins moins aisément approchables.

Pour Charlotte Bousquet et sa vengeance de Shere K(h)an, nous revenons sur le récit du livre de la jungle et le tigre « serial killer » prend la parole pour s’expliquer. L’idée est intéressante, mais n’étant pas un grand lecteur de l’oeuvre de Kipling, je n’ai pas vraiment été pris dans le récit (desservi par une utilisation trop abondante de points d’exclamation, un tigre tueur en série ET hystérique, ça commence à faire beaucoup). Reste que l’on se pose la même question que le matou, à savoir : « pourquoi ton histoire s’arrête-t-elle là ? », la fin survenant un peu abruptement, sans que l’ambiance ne se soit suffisamment posée ni l’intrigue assez mise en valeur. L’impression finale est plutôt mitigée.

La félinophobie que nous dépeint ensuite Joseph Ouaknine est grinçante et drôle (si vous aimez rire jaune). Cela dit, elle verse un peu rapidement dans une caricature prévisible, et la fin pèche sur ce point. L’ambiance est cependant bien posée par une plume assez savoureuse. Sympa, sauf si vous n’aimez VRAIMENT pas les chats.

Tom ou Jerry, de Karim Berrouka se veut (encore une fois, de la part de cet auteur) une vaste farce amère à la fin absurde. Le tout est amusant, assez efficace, et sa fausse naïveté est bien menée. Reste que ça ne vole pas beaucoup plus haut que les blagues de lycéen, on peut donc se demander si l’auteur a porté un réel intérêt à son propre texte.

Menolly nous invite ensuite dans un Chassé-croisé jouant sur une idée de SF mâtinée d’une ambiance glauque tout à fait prenante. Le découpage de l’histoire la rend fascinante et parfaitement claire, son rythme est ainsi soutenu sans failles, et le seul regret est que cette idée se limite à une nouvelle et non pas à un roman entier.

Retour de flammes, par Nicolas Liau, manque un peu du feu qu’il décrit. Un peu longuet, assez prévisible, une morale un peu simpliste (ne faites pas du mal aux bêtes ou elles vous en feront, bande de brutes !). Elle se laisse lire, mais ne laisse pas de grand souvenir.

Une bête fauve, par Olivier Gechter, nous pose dans une ambiance encore une fois plutôt sombre, une chasse à la bête dans les égouts. A priori, une situation déjà vue de nombreuses fois dans les divers films de série B. Oui mais non, l’histoire se déroule progressivement, avec talent, et les détails originaux complètent une vision intéressante de ce que pourraient être nos domestiques félins. La fin reste très prévisible, mais la lecture agréable qui nous est offerte n’en est pas gâchée.

Le chat qui parlait aux dieux, de Sophie Dabat, nous plonge dans une ambiance de fantasy égyptienne. A part le cadre, plutôt original, l’intrigue et l’ambiance restent habituels du genre : tragédie, héroïsme, tout ça… Et les humains sont des salauds, bien sûr. Bon, ça manque de rythme, et la fin est facile à deviner et pas aussi bien amenée que possible. La nouvelle reste bien écrite et l’ambiance est plutôt bien posée.

Les cloches du Sitob, de Syven, offre encore une histoire de fantasy au héros féminin. Sauf qu’on y esquisse trop rapidement un univers qui reste mystérieux et auquel on peut difficilement s’intéresser, tant les camps en présence, la magie, et les enjeux sont peu connus. Le style plat n’aide pas à l’immersion, et le rôle du miaou est trop secondaire pour le thème même.

La visiteuse nocturne, de Tonie Paul, est hautement caractéristique des défauts d’un tout jeune auteur. Les personnages sont transparents, tout comme l’intrigue évidente dès le début mais qui pense pouvoir se permettre une chute. L’ambiance reste cependant poétique, malgré le style quelque peu malhabile, et l’on peut y voir un potentiel prometteur.

Les si beaux yeux des chats, de Céline Guillaume, est un poème. J’aime bien, et n’essayez pas de me voir critiquer un poème, sa qualité dépend bien trop du lecteur. Vous n’avez qu’à le lire pour savoir s’il vous parle.

D’un point de vue général, la maquette est simple, les illustrations en général très réussies et habilement placées à la fin des nouvelles, pour ne pas gâcher la surprise. Le choix des nouvelles est relativement varié mais pèche au niveau de la correction des styles.
Les nouvelles ont toutes une qualité mais presque toujours des défauts qui auraient pu être évités par une plus grande attention portée à la réécriture. En effet, beaucoup des maladresses auraient pu être gommées par un meilleur travail de correction de la part de l’équipe d’EDR avec les auteurs.

Sinon, à propos de la façon de traiter le thème même, l’on peut trouver dommage de n’avoir vu que si peu exploités les comportements et caractères de nos tigres de compagnie. Les félins semblent parfois plus un vernis qu’un fond, et c’est assez dommage au vu de tout ce que l’on pourrait en dire. L’essence du chat reste absente en grande partie, ce qui n’aide pas à lier les nouvelles aux tons hétéroclites.

Une revue qui vaut le coup d’oeil, mais qui a encore quelques défauts de jeunesse et laisse une impression d’inachevé. Elle ne peut aller qu’en s’améliorant.

— Nicky

Éclats de Rêves
Trimestriel
eclatsdereves.fr.st
prix : 4 €