Eclats de Rêves n°11

Le numéro 11 d’Éclats de Rêves se propose d’arpenter les méandres de la psyché humaine grâce à sept nouvelles. Tout un programme…

Des rouages, défigurent… de Amelith Deslandes.

Au matin, chacun enfile son masque, revêtant ainsi l’humeur adéquate pour fonctionner au mieux en tant que rouage indispensable au « Grand Mécanisme ». Évidemment, cette société est inhumaine. Évidemment, quelque chose va gripper cette « Mécanique », aussi bien huilée soit-elle. Évidemment, le narrateur va s’en retrouver éjecté et va enfin pouvoir l’analyser de l’extérieur.

Finalement plus proche du fantastique d’un Kafka, auquel elle fait référence, que d’un classique récit de science-fiction, la nouvelle de Amelith Deslandes reprend le thème d’un collectif fort écrasant les individus, jusqu’à l’absurde. Si le texte ne surprend pas sur le fond, l’écriture est particulièrement originale et percutante. Le travail sur la relation entre l’aspect extérieur (le visage) et les humeurs du narrateur est passionnant. Les touches de surréalisme achèvent d’emporter le lecteur dans un monde noir, et sûrement trop proche.

Dementia Populi, de Anthelme Hauchecorne.

Une cité portuaire qui abrite à la fois des elfes et des nains… c’est une race de trop . Il suffit d’un regrettable incident pour rallumer les vieilles rancœurs et mettre le feu aux poudres, laissant exploser la démence populaire du titre.

Le texte, assez court, fait le choix d’une ironie dévastatrice pour nous conter cette descente aux enfers. Mais l’humour éloigne le lecteur qui, bien qu’amusé, ne s’intéresse que vaguement à une histoire qui manque de piquant.

Psittachose, de Timothée Rey.

Herbert travaille au Blue Parrot. Non, ce n’est pas un bar à la mode, c’est l’oisellerie de Madame Lapoix. Herbert regrette le temps où Monsieur s’occupait du magasin, mais il s’habitue bon gré, mal gré, au tempérament ignoble de la veuve. On se fait à tout, comme il dit.

L’évènement déclencheur qui va nous amener à nous intéresser à ce couple, c’est l’arrivée d’un magnifique ara argenté, au regard sombre et calculateur. Attention Herbert, la psittachose n’est pas loin !

Voilà un texte bien écrit, drôle, et surtout prenant. On pourrait regretter un démarrage un peu lent, mais c’est pour mieux installer l’ambiance. Et une fois le lecteur accroché, le basculement vers la folie peut s’opérer en douceur.

Néant d’Amour, de Céline Fairy.

Le temps s’est arrêté, et avec lui ont disparu la Mort, le Bonheur et l’Amour. Alexis sent dans son cœur un vide se former. Il est tombé malade : il est amoureux.

C’est le sentiment amoureux qui fascine l’auteure dans cette nouvelle dont l’innocence – certains diront la naïveté – n’enlève rien à son charme, un rien suranné.

Violence conjugale, de Line D. Rey.

À peine sortie d’un enfer conjugal, Anaël doit à nouveau subir ce calvaire par procuration. Sa voisine est en effet la victime d’un mari particulièrement violent. Après de timides hésitations, Anaël ne peut plus supporter cette situation et décide d’intervenir… quand bien même son aide ne serait pas explicitement demandée.

Comme son titre l’indique clairement, cette nouvelle nous plonge au cœur d’une violence qui, pour être conjugale et privée, n’en est pas moins extrême. Le point de vue proposé est intéressant, mais reste assez distant, avec un traitement un peu lisse. Par malchance, ce texte récupère toutes les coquilles de la revue et, même si ça ne fait pas beaucoup, la lecture en est, par endroits, moins facile.

La maison de campagne, de Lionel Bénard.

La maison de campagne, c’est celle de son enfance traumatisante. C’est aussi le seul endroit qui reste à Hélène pour se réfugier avec son fils. Mais ce lieu maudit réveille de terribles souvenirs, et fait remonter à la surface un passé dangereux.

Cette nouvelle souffre de sa juxtaposition trop proche avec la précédente. Les thèmes en sont trop similaires. Malgré cela, les qualités intrinsèques du texte, son empathie envers ses personnages, son style très prenant, sa construction subtile et les incursions dans l’univers presque fantastique de la folie d’Hélène, emportent le lecteur, conquis, vers une fin tragique.

Bleu, de Michelle Lesuisse.

Bleu, ou comment raconter en neuf petits paragraphes la vie tourmentée d’une femme, avec ses hauts, avec ses bas, et avec beaucoup de cœur. C’est très court, mais ça résonne de vérité ! Parfois, il suffit de peu pour faire plaisir à ses lecteurs…

Concernant les illustrations, la couverture de Sébastien Gollut pourra en horripiler certains, je l’ai trouvée excellente. Le trait de Zariel, tout en retenue, est très bien adapté au sujet. L’illustration de Bleu par Magali Villeneuve est vraiment superbe même si un peu lisse en regard des troubles du personnage de la nouvelle. Le dessin de Frank Ols pour Psittachose , un excellent double portrait, est bien en phase avec l’humour de la nouvelle. Les illustrations de Chloé Bonnet et de Fay’Raya sont également très réussies, avec une préférence pour celles de Néant d’Amour.

Au final, le panorama des tourments de l’esprit proposé par ce numéro d’Éclats de Rêves est varié, et intéressant, avec même quelques perles de poésie. Le sujet, plutôt délicat, est bien traité. L’élève Éclats de Rêves passe l’épreuve avec mention. Surtout si l’on considère son prix, très très loin d’être prohibitif pour des textes de cette qualité.

— F-Xavier Bornes

Fanzine, 59 pages, 3,5€ (+1€ de fdp)
Abonnement 4 numéros : 15€ (frais de port inclus)

%d blogueurs aiment cette page :