Eclats de Rêves n°8

« Voilà mon Éclat mon pote
Si t’en veux pas, pas d’ malaise
Je l’ remet dans ma culotte
Mais tu sais pas c’ que tu perds
Mes Rêves ne lui ont pas plu
N’en parlons plus »

Merci Renaud

Faut-il tenir la chronique d’une déception ou passer sous silence en attendant l’embellie ? S’il s’agissait d’un fanzine naissant ou d’auteurs débutants, je me serais contenté de regarder ailleurs ou d’encourager à progresser. Mais les Éclats de Rêves méritent une certaine franchise, de même que les chevronnés qui ont participé à ce numéro 8. Et puis, tout cela n’est pas si grave et totalement subjectif, n’est-ce pas (rire jaune en attendant les coups) ?
La couverture est belle, rêveuse, avec toujours cet effet de passage de l’autre côté du miroir sur la quatrième. Ensuite… bavures de massicot, mise en page minimum (textes et illustrations tout juste posés), gremlins typographiques (ah, ces guillemets !), nous sommes bien dans un fanzine, rien à dire. Pourtant, certains auteurs présents sont presque des « pro », et l’éditrice a une réputation de poigne. Alors ?
Alors rien : tout le monde a droit à son pas de côté. L’étonnant serait que tous le fassent en même temps…
Entrons, puisque l’édito de Sandrine Gaquerel nous souhaite la bienvenue dans cet opus d’été sans thématique, selon la règle d’alternance.

Ma lune, par Alanthir
Rêverie poétique brève et brumeuse entre l’imaginaire et les frustrations d’un barde en mal de plume. Je m’y laisse aller sans tout comprendre, signe que cet éclat concis peut vous happer. Mais il sort diminué de la confrontation avec le beau poème de Baudelaire embusqué en sortie. Illustration en croquis très « jeté » par Naïve, hélas alourdie par l’encrage.

Blutgräfin Erzébet, par Sophie Dabat
Est-ce un reliquat du numéro sur les 7 péchés capitaux ? L’entame pourrait le faire croire. Le texte est long, ce qui explique peut-être une relecture aléatoire (nombreuses répétitions, mot manquant, phrases à rallonge…) alors que l’auteur semble par ailleurs bien maîtriser son affaire. Sur le fond… A la sortie du film Shining, certain critique se demandait s’il s’agissait d’un film d’horreur ou d’un film horrible. Je me pose la même question ici.

Dans le chaudron du diable, par Olivier Delau
Voilà quelqu’un qui sait écrire, mais qui peut-être ne sait pas (plus) quoi écrire. Ou alors s’agit-il d’un texte de jeunesse ressorti et bien nettoyé ? Bref, cette histoire de diablerie, frontale et sans surprise, bénéficie d’un style impeccable sans rien offrir d’autre que « l’incrédule finira par y croire ». Spoiler ? Tant pis…

L’autre regard de Donovan Paulhan, par Lucile Richarte
Cette balade dans un Montpellier-et-demi (« pilote » d’un recueil) achoppe à mon avis sur deux écueils :
– la référence à Neil Gaiman dans la bio de l’auteur, qui nous invite à faire un rapprochement peu flatteur avec Neverwhere,
– la relative inconsistance du style, conjuguant pauvreté de vocabulaire et rythme lénifiant.
Ou alors, je suis rétif aux charmes cachés de cette écriture, fouettez-moi.

La chambre, par Michel Rozenberg
Encore un bof. Je n’y ai vu que personnages inexistants, descriptions à la va-comme-je-te-pousse, absence totale de surprise : on dirait un mauvais film de Night Shyamalan (au hasard : Signes). Pourtant, M. Rozenberg n’est pas un débutant. Je creuse donc, et une visite sur son site m’apprend qu’il s’intéresse beaucoup aux pièges que recèle notre vie quotidienne. Est-ce lui qui s’est fait prendre ? Ou moi ?

En conclusion, ce que j’ai préféré : les illustrations de Magali Villeneuve, entre précision et onirisme. La douceur de son style lui offre de plus la meilleure qualité de rendu sous les maculages d’une impression hasardeuse. Du pur fanzine, comme on l’aime.

Alors, ce numéro 8 ? Une invitation pour tous à faire quelques efforts de plus, alors que chaque numéro est déjà une montagne de sacrifices ? Bah… c’est l’été, contentons-nous des éclats du soleil. Et vivement le prochain rêve !

— Don Lo

Éclats de Rêves
Trimestriel
Pagination variable (44 pour ce numéro)
3,50 € l’exemplaire (+1 € de frais de port)
Abonnement 1 an (4 numéro) : 14 € (frais de port inclus)
Commandes à adresser par mail (voir adresse sur site)
Site : eclatsdereves.fr.st