Entretien avec Christine Cardot, auteure du Roi d’ébène

Christine Cardot, le Roi d’ébène est votre premier roman.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené à l’écriture, à moins que vous ne soyez « tombée dedans quand vous étiez petite » ?

Ce serait plutôt le contraire puisque mes toutes premières lignes datent d’une dizaine d’années. Je n’ai aucune formation littéraire et je n’avais jamais rien écrit avant de me retrouver désemparée par un mal-être qui rongeait mon fils à peine âgé de six ans.
Je ne parvenais pas à trouver les mots adaptés à sa souffrance et encore moins à son âge.
Je me suis dit alors que je pourrais essayer de lui écrire une petite histoire, un conte qui l’aiderait à accepter de grandir malgré tout. Un échange dans le silence, lui faisant entrevoir un avenir qu’il pourrait faire sien, au travers d’un texte qu’il lirait seulement lorsqu’il en aurait envie, à son rythme, et sans devoir en parler après.
J’ai commencé ainsi à écrire sans le savoir mon premier roman. Heureusement pour tout le monde, mon gamin a retrouvé goût à la vie bien avant que je ne finisse mon manuscrit. Mais comme je l’avais entamé, j’ai voulu aller jusqu’au bout, mes trois enfants « en profiteraient » quand ils seraient plus grands.
Libérée de son but premier, l’écriture n’était plus alors qu’une source de plaisir, je découvrais le bonheur d’une rêverie figée en paragraphes dans laquelle je pouvais me replonger sans fin. Ce n’est qu’une fois mon texte achevé que j’ai réalisé combien je l’avais finalement aussi écrit pour moi, ou plutôt, pour la petite fille que j’avais été.
Au fil des années et après au moins vingt millions de corrections, mon roman s’était transformé en une petite trilogie pour ados.
C’est par le biais du Net et de ce travail que j’ai fait la connaissance d’Hélène Ramdani. Sur ses conseils, j’ai entrepris l’écriture du Roi d’Ébène qui, à l’époque, tenait en quelques pages rédigées à la suite d’un rêve.

Le Roi d’ébène évoque assurément l’Égypte, ou même une proto-Égypte nubienne, un propos visiblement voulu. Des lieux et des temps où vous naviguez avec aisance. Nous parlerez-vous de l’inspiration que vous y avez puisée ?

Je vais sans doute vous surprendre, mais je ne peux pas répondre à cette question, du moins pas pour le moment. Je ne veux d’ailleurs pas y réfléchir car je travaille actuellement sur la suite du Roi d’Ébène et m’arrêter sur mes sources d’inspirations risquerait de les faire… disparaître ! Bon, j’exagère un peu, mais pas tant que ça. En fait, je suis tellement dans un « trip » jouissif de création que je n’ai pas envie de comprendre avec quoi et comment il fonctionne avant d’en avoir terminé avec ce second tome. Mais pour la prochaine interview, je vous répondrai, promis !
Je peux juste préciser que j’ai volontairement et dès le départ banni le papyrus, les pyramides et le nom « Pharaon » afin de ne pas cantonner le pays d’Arrassanie dans un imaginaire purement égyptien. L’évocation d’une Egypte lointaine demeurait un atout pour que le lecteur puisse se glisser facilement dans mon monde. Mais je voulais aller beaucoup plus loin en m’accordant la liberté d’y ajouter le potentiel qu’offre une vaste Afrique fantasmée où tout reste encore à découvrir. C’est d’ailleurs extrêmement grisant de jouer les explorateurs dans ses mondes intérieurs.

Votre héroïne est une « sentinelle ». Pure invention littéraire ou de tels corps de défense ont-ils existé ?
De même, qu’en est-il de ces visions et de la mythologie que vous évoquez : font-elles partie de certaines cultures africaines ou n’est-ce qu’un conte propre à enchanter vos lecteurs ?

Ma sentinelle et ses visions, tout comme la mythologie du roman, sont le fruit de mon imagination, mais je suis intimement convaincue qu’elles sont issues de tous ces documentaires relatifs à l’Afrique, l’Antiquité et même à la préhistoire, dont j’ai toujours été très friande.
Et bien que le Roi d’Ébène soit un conte, je n’ai pas la prétention d’avoir écrit un véritable conte africain. Je ne possède ni la culture ni la philosophie et encore moins la sagesse nécessaire pour me risquer à un tel exercice.
Mon roman est d’abord un hommage sans complexe à l’Afrique, à l’Homme, d’où qu’il vienne. Et comme tout message amoureux, il est obligatoirement excessif. J’espère qu’il saura offrir à chaque lecteur cette illusion de voyager hors du temps.

Chronique du 12 octobre 2010

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