« Gheritarish » de Michel Robert

gheritarishLorsque l’auteur dédie son roman à John Wayne, Burt Lancaster, Clint Eastwood et consorts, on est un peu surpris. Lorsqu’il assure que la fantasy pourrait bien être perçue comme un prolongement du western, c’est une façon de voir encore plus surprenante. Eh bien non. Et on en a ici la preuve. Que Gheritarish soit un loki, un mercenaire du Chaos glissant d’un Plan à l’autre, bien distinct des humains ordinaires par sa peau bleu, sa force exceptionnelle et son endurance proprement magique, situe tout à fait le contexte. Qu’il soit en vacances et que ces vacances commencent mal le ramène aussitôt dans le monde des gens ordinaires. Celui où l’on s’enfuit lorsque des sœurs bien intentionnées vous présentent leurs amies pour la bonne cause.
Voilà comment Gheristarish, parti vers l’Ouest après avoir tiré à pile ou face, est arrivé à Terreboue. Dans une première taverne d’abord où il trouvera une bagarre, sans l’avoir cherchée naturellement, digne des plus grands classiques du genre. Ce qui ne l’empêchera pas peu après, avec toute la naïveté qu’on prête aux héros, de se faire consciencieusement plumer et de perdre son cheval en jouant aux cartes avec des tricheurs plus vrais que nature. Les choses ayant tendance à suivre leur cours naturel, la bagarre suivante, dans le bourg très collet monté de Sanction lui vaudra un jugement et un emprisonnement en bonne et due forme par le shériff… Non, je veux dire le prévôt…
Serez-vous étonné qu’ensuite il ait l’occasion de s’échapper avec un prisonnier, pas sympathique de reste, que ses comparses voudront libérer ?
Sur l’écran défileront encore l’attaque de la diligence – conduite par… Devinez ? Bill Cody ! –, la délivrance d’une éplorée qui ne sera pas si éplorée que ça, la putain au grand cœur et tout à l’avenant.
En fait tout, oui tout, ce qui fait un western. On peut dire que l’auteur, tout en gardant pour final une apothéose de fantasy, a brillamment démontré son propos. De la bagarre, avec les coups tordus qui en font tout le charme. De la bouffe, avec menus détaillés, c’est un français qui écrit après tout. Du sexe, très très détaillé là encore, en cadeau bonux pour attirer le chaland. Pas nécessaire à mon sens mais, à ceci près, un bouquin écrit avec tant d’enthousiasme et de gaîté qu’on s’en voudrait de bouder son amusement.
Bref, si vous doutiez de la parenté entre fantasy et western, vous ne regarderez plus jamais ni l’un ni l’autre sans y songer.

Éditions Pocket
574 pages – 8,90 €
ISBN : 978-2-266-20206-0

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