« Histoires assassines » de Bernard Quiriny

Difficile de savoir ce qui l’emporte dans ces vingt nouvelles, de l’humour – fort noir –, du fantastique ou d’un merveilleux très particulier. Ce qui est certain, c’est qu’aucun de ces textes totalement décalés ne laisse indifférent mais, également, qu’il n’est guère aisé d’en parler sans en gâcher le plaisir d’autant que chacun est très court.
Le premier, Bleuir d’amour, fait simplement part d’un bleuissement de la peau aussi nouveau qu’inexpliqué qui suit désormais le processus d’accouplement pour une durée variable. Avec les conséquences que cela implique, entre autres, pour la vie sociale et pour le vocabulaire. De quoi regarder tout autrement les tableaux de Klein.
Sévère, mais juste, tel se présente le narrateur, critique littéraire londonien qui, passant directement de la critique aux actes, a décidé de tuer quotidiennement un auteur, un mois durant. D’où une liste complète des dits accompagnée de ses motivations.
La Tournée amazonienne correspond à quatre courtes relations de voyages d’études en Amazonie – réparties au fil du recueil – à l’initiative du professeur John Latourelle en vue de parfaire ses connaissances ainsi que la formation de ses étudiants en anthropologie. Leurs découvertes de tribus inconnues et primitives est, si l’on peut dire, tout un poème.
Mon Corps me quitte, ou le journal d’un passager souffrant d’un mal de mer très spécifique dont les causes nous resterons parfaitement inconnues.
Les Choses ont la parole, et elle la prennent ! Lit, cercueil, carafe, aiguilles à tricoter… « Objets inanimés avez-vous donc une âme ? », il semble que oui, et qu’on ne puisse la dire spécialement bienveillante.
Les patients de Dr Hampstad sont trois. Dans l’intérêt de la recherche, certainement, le bon docteur nous présentera donc de façon détaillée ces trois cas cliniques dont il n’a pu néanmoins venir à bout.
Un échange de courrier entre Deux Conférenciers fort éclairant sur les aléas du métier et les conséquences qu’il faut en tirer. Là encore, un amusement raffiné.
Le Grand collier argenté, est à la fois le nom d’un papillon et celui du magnifique spécimen possédé par la vieille et laide voisine de Peter. Celui-ci va pourtant délaisser peu à peu études et conquêtes pour se passionner pour les lépidoptères à la grande inquiétude de son ami et condisciple. C’est par hasard que cet épisode reviendra à la mémoire de ce dernier quelques années plus tard.
Qui n’admirerait la prodigieuse imagination de Bartleby et tous les livres qu’il s’apprête à écrire ? Voilà bien un écrivain créatif, en dépit de son emploi alimentaire. Peut-être celle de ces nouvelles qui m’a le plus enchantée, même si c’est loin d’être la seule.
Quant au Remède miracle, vous en connaîtrez toutes les merveilleuses propriétés en moins de quinze lignes. Encore qu’une série de Correctifs, réponses à des articles de presse ou autres, à peine plus longs, ne soit pas moins merveilleuse.
De même, il n’est pas aisé de trouver la compassion que mériterait Le nouveau Landru. Pensez, cet homme miné par ses pulsions qui ne trouve de secours ni chez un psychiatre ni auprès d’un prêtre !
C’est sur la guillotine que finit bien évidemment l’Histoire sans tête, du moins si l’on peut se fier au témoignage d’un prisonnier qui se présente comme modèle. Mais le peut-on davantage à celui d’un ivrogne invétéré, si l’on en croit les écrits de celui qu’il considère comme Le Buveur ? Un petit clin d’oeil à Henri de Régnier.
La capitale décapitée est celle de la Sterpinie, ce petit pays peu connu – évoqué par l’un des conférenciers précités – et elle est isolée en pleine mer, avec toutes les particularités que cela implique. Une de mes préférées, encore que le choix soit difficile.
Au final, une lecture dont il est difficile de parler sans dénaturer l’humour très pince-sans-rire de l’auteur. Mais, si certaines nouvelles m’ont moins parlé que d’autres, la rencontre fut assez marquante pour que je ne regrette pas un instant la lecture de ce recueil si particulier.

 

Éditions Payot & Rivages
237 pages – 18 €
ISBN : 978-2-74363-168-0

%d blogueurs aiment cette page :