« Homo vampiris » de Fabien Clavel

homovampirisDans un futur proche de l’effondrement écologique, les vampires luttent entre factions rivales (qui font un peu penser au jeu de rôles Vampires) mais, aussi et surtout, contre les Trois, alliance étonnante des musulmans, des chrétiens et des juifs. Ailleurs, des expériences au but mystérieux sont pratiquées sur un vampire qui parvient à s’évader de sa prison.
Les vampires sont à la mode. Le renouveau de ce mythe éternel est porté actuellement par le phénomène, littéraire et cinématographique, de Twilight, mais aussi par le succès de toute la Bit-lit, cette littérature post-Anita Blake pleine de superwomen fortes têtes en guerre contre les créatures des ténèbres. Peut-être en réaction, des écrivains comme David Wellington traitent le sujet en misant sur l’utltra-violence bourrine, avec des vampires hyper agressifs, de véritables bêtes sauvages (genre Vampires de John Carpenter). On est loin de la Bit-lit, plus policée, plus axée sur la romance et sur un humour parfois envahissant, avec son lot de vampires séduisants et sexy, en deux mots, et en théorie seulement, plus « pour filles ».
Les vampires de Homo Vampiris sont très violents et dangereux, mais en même temps attachants et séduisants. Les deux facettes du mythe, sexuelle et sanglante, sont très bien représentées dans ce roman aux personnages soignés. Les cinq « héros » vampires sont impeccablement campés et prennent vie face à un lecteur qui en aura vu/lu bien d’autres. Le personnage du vampire zéro, cobaye échappé d’un laboratoire, attardé mental, est intéressant lui aussi, voire touchant. Comme dans Angel ou Buffy, les héros sont notamment développés dans des flash-backs historiques. Des vampires révolutionnaires en guerre contre le Tsar de toutes les Russies, ça ne se voit pas tous les jours !
Leur psychologie comme leurs pouvoirs (exemple : se transformer en panthère pour le plus fascinant d’entre eux) sont bien distincts. Il est vrai que Fabien Clavel prend toute la place nécessaire pour faire évoluer ses personnages principaux en 280 pages très denses.
L’auteur n’en néglige pas pour autant les scènes d’action, parfois spectaculaires, mais surtout très brutales. Les vampires, comme leurs adversaires humains, ne se battent pas pour rire, mais pour faire (très) mal. L’amateur des Vampire Story de David Wellington sera en terrain de connaissance. Au-delà de cette violence explicite, on peut apprécier aussi une intrigue complexe (peut-être trop ?) au thème assez fascinant : la création d’une race supérieure de vampires, nouvelle étape de l’évolution.
L’idée d’une organisation de chasseurs de vampires composée de membres des religions monothéistes, alliés pour l’occasion, est excellente aussi. Dommage peut-être que son bras armé, la Brigade œcuménique, entre bataillon de ninjas et GIGN, fasse pâle figure face aux vampires – sauf à la fin, par un bizarre retournement de situation.
L’écriture de Clavel est plutôt efficace, sans pour autant échapper à une certaine lourdeur. Les paragraphes paraissent parfois un peu surchargés, peut-être par désir de trop bien faire.
Clavel a écrit un véritable roman-blockbuster, comme s’il avait un peu fait son Underworld à lui. Il serait américain qu’Hollywood préparerait assurément une adaptation prochaine que des milliers de gens iraient voir à travers le monde. Français, on peut au moins lui souhaiter les lecteurs qu’il mérite.

Éditions Mnémos
20 euros
ISBN : 978-2-35408-059-4

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