"Jaz Parks mord à crédit" de Jennifer Rardin

Jaz Parks et Vayl le vampire, tueurs de la CIA, intégrent un commando en Iran pour lutter contre un terrifiant réseau de terroristes. Problème : une taupe s’est glissée dans leurs rangs. Nos deux agents secrets perdus au sein d’un complot qui les dépasse auront fort à faire pour découvrir le traître tout en luttant contre des monstres assoiffés de sang.
Ce troisième volume des aventures de Jaz Parks, assistante d’un vampire agent secret, est dur à aborder. Il fait partie de ces romans dans lesquels on rentre péniblement. Toujours difficile d’expliquer pourquoi. Ici, c’est sans doute dû à l’écriture même de Jennifer Rardin : une narration plutôt confuse, brouillonne, qui dessert une intrigue déjà assez complexe – pas inintéressante il faut le préciser. L’écriture de Rardin est tout sauf efficace. On emploie souvent ce terme d’ « efficace » pour qualifier le style d’un écrivain de genre. Cela lorsqu’il maîtrise parfaitement, en les dosant, ses effets littéraires, notamment le cocktail entre descriptions et action. Est « efficace » une narration où les mots prennent vie pour devenir des images dans les yeux du lecteur, où l’atmosphère voulue devient palpable. Les grands romanciers de la littérature d’évasion sont très doués à ce jeu-là. Ils emportent leur lecteur dans un flot de péripéties parfaitement rendues. On ne lit plus, on participe directement à l’action, quasiment comme dans un livre interactif !
Ce n’est malheureusement que très rarement le cas chez Jennnifer Rardin. Par exemple, si les scènes d’action « réelles » sont correctes, celles qui se déroulent sur le plan astral donnent une regrettable impression de flou à vrai dire peu artistique. On peut remarquer aussi que, si le roman est censé se dérouler en Iran, il pourrait quasiment se passer en Amérique tant la carence est forte en couleur locale. L’ambiance exotique, capitale dans un roman d’espionnage, est à peine esquissée. Certains vieux routiers de Fleuve Noir Espionnage, sans pour autant verser dans le guide touristique (pas le temps), étaient plus forts à ce jeu-là.
Malgré ces défauts, tout n’est pas à jeter dans cette série, qui s’avère cepdendant l’une des plus faibles de la bit-lit publiée en France. Au-delà du bon concept « Alias °+ surnaturel », Jennifer Rardin a pas mal d’idées. On a ainsi droit à deux types de créatures mauvaises, dont l’une se nourrit des émotions des combattants et rapplique aussitôt qu’un conflit se prépare. Intéressant. On fait aussi une petite visite en enfer, assez bien fichue.
L’histoire à base de terroristes fanatiques est typique de l’espionnage post-11 septembre. Les méchants intégristes sont clairement définis – non, ils ne sont pas musulmans même si tout est fait pour qu’on y pense. Le bouquin est assez manichéen, un peu comme les romans d’espionnage de la guerre froide, avec leur lot d’ennemis communistes. Les cibles à abattre ont changé, mais les Américains sont toujours les braves gars qui défendent le monde libre. L’éternel mythe du super agent occidental a de beaux jours devant lui ! On apprécie ou pas. On pourrait préférer à ce récit guerrier et anti-terroriste une intrigue délirante à la James Bond. Le grand méchant aurait certainement plus d’allure et des projets plus grandioses. De Bond, Jaz Parks ne conserve hélas que le PPK et les gadgets électroniques – présents aussi dans Alias.
Les personnages eux-mêmes sont sympas, même si le vampire Vayl, dont est éprise Jaz, demeure un peu en retrait. Peut-être pour lui garder une part de mystère. Le problème est qu’il est beaucoup trop effacé comparé à l’omniprésente Jaz Parks qui raconte ses aventures sur un ton souvent rigolard dont la vulgarité n’est pas exclue – malgré des rapports assez émouvants avec les membres de sa famille. On est quand même un peu dans le sous-Anita Blake, qu’on le veuille ou non.
Il faudrait que des auteurs de bit-lit aient davantage d’audace et qu’ils se démarquent plus franchement de leurs encombrants modèles (les oeuvres de Laurell K. Hamilton et Joss Whedon). Pourquoi par exemple ne pas écrire de la bit-lit à la troisième personne, en variant les points de vue ? Pourquoi ne pas laisser tomber le second degré souvent lourd et les héroïnes gouailleuses à la répartie facile pour décrire des femmes plus complexes et plus classes ? Pourquoi ne pas troquer le côté sentimental contre un romantisme plus sombre, porteur de tragédie ?
Ceci dit, la bit-lit plait comme ça et les auteurs auraient peut-être tort commercialement de trop vouloir innover. Telle quelle, la bit-lit contient de toute façon suffisamment de variété pour une majorité de lecteurs qui aime à se retrouver en terrain connu. Et cela n’empêche nullement des séries comme celles de Charlaine Harris ou Patricia Briggs de s’avérer très réussies sur le fond comme sur la forme. Il est de toute façon délicat de tirer trop de généralités sur la bit-lit compte-tenu du fait que seule une infime partie de l’iceberg américain est visible de ce côté-ci de l’Atlantique.
Alors oui, Jaz Parks mord à crédit est lourdingue, d’une lecture malaisée (paradoxal pour une littérature réputée facile) et globalement indigeste (440 pages !), mais il pourra plaire aux mordus du genre, qui ne s’arrêteront peut-être pas à ces détails, certains d’y trouver quand même leur comptant d’action, de fantastique et d’humour.

— Patryck Ficini

Éditions Milady
440 pages – 8 €
ISBN 978-2-8112-0242-2

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