"La Brigade chimérique III" de Fabrice Colin et Serge Lehman

Chaque album de cette série qui en comptera six se divise en deux épisodes (Ici : « L’homme cassé » et « Bon anniversaire docteur Séverac »), ce qui lui donne un côté délicieusement comics ou roman feuilleton, au choix. Ces deux formes de narration populaire sont d’ailleurs les principales inspirations de La Brigade Chimérique.
Dans ce troisième album, Serge Lehman et Fabrice Colin explorent les origines mêmes de ce groupe de super-héros français qu’est la Brigade Chimérique. Le viril docteur Séverac, qui les abrite en lui, est donc soumis à divers examens à l’Institut Curie, qui nous en révèlent peu à peu davantage sur l’Ange guerrier (le soldat inconnu !), l’ours Brun (hommage inattendu à Petit Ours Brun ???), Matricia, la femme-plante, et le très beau squelette vivant, docteur Serum. Malgré des flash-backs de la guerre de 14/18, ils restent encore bien mystérieux. Très clairement, les auteurs ne veulent pas se contenter de rendre hommage aux classiques de la littérature populaire (ce qu’ils faisaient abondamment dans les deux premiers tomes) ; ils veulent aussi créer leur mythologie. On verra par la suite s’ils y parviendront pleinement ou pas. Les personnages nés de la plume d’autres écrivains comme le Nyctalope ou Felifax sont d’ailleurs moins présents dans ce volume, même si le détective de l’occulte Carnacki du génial Hodgson fait une apparition remarquée. Depuis le premier volume, on peut quand même regretter le look du Nyctalope, assez loin de la description qu’en faisait Jean de la Hire.
Afin de ne pas ennuyer le lecteur, La Brigade Chimérique III réserve aussi trois morceaux de bravoure, qui jouent un peu le même rôle que l’attaque à la King Kong de l’Homme Élastique géant du précédent numéro.
Malheureusement, quand les vampyres sortent des égoûts parisiens, on ne voit presque rien de leurs agressions ou de la riposte du pourtant impressionnant Felifax, l’homme-tigre créé par Paul Féval fils (et aujourd’hui adapté en anglais par Black Coat Press !).
La seconde (potentielle) grosse scène d’action est, hélas, elle aussi traitée par-dessus la jambe, comme si, très nettement, cela n’intéressait pas les auteurs. Il est vrai que l’on n’est pas dans un blockbuster américain, où le spectaculaire compte énormément. N’empêche, on aurait aimé que l’attaque de Londres par des robots nazis et des cafards (?), ainsi que la contre-attaque d’un clone de Superman et de son chien (à cape !), soient plus détaillées. En s’étendant sur davantage de pages, avec des cadrages efficaces qui en auraient mis plein la vue, on en aurait vraiment eu pour son argent. Ce que les comics savent très bien faire.
Fort heureusement, l’invasion d’une moisissure rouge dévoreuse d’électricité, dans le second épisode, est plus développée. Avec même, clou du spectacle, une incroyable scène où la moisissure, métamorphosée en crapaud rouge géant, agrippe la tour Eiffel ! C’est franchement délirant. Entre l’Homme Élastique et ce monstre impressionnant, quelque chose nous dit que Lehman et Colin aiment les films de monstres géants, notamment japonais. Une preuve de bon goût qui achève, si besoin était, de les rendre sympathiques !
Au final, La Brigade Chimérique III intéresse même si le potentiel de la série reste encore inexploité. À mi-chemin de la fin, on est encore dans une (trop) longue introduction. Il manque peut-être surtout la volonté de magnifier les scènes à grand spectacle, ce qui permettrait de mettre en valeur héros et méchants. Tel quels, ils sont hélas pour le moment peu excitants.

— Patryck Ficini

Éditions L’Atalante
11 €
ISBN : 978-2-84172-475-8

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