"La Brigade chimérique V" de Fabrice Colin et Serge Lehman

Contre toute attente, les Nazis du Docteur Mabuse et les Soviétiques auraient fait alliance pour s’emparer de l’Europe, en commençant par la Pologne. La Brigade Chimérique est la dernière chance des pays libres… avant qu’une guerre mondiale n’éclate.
La Brigade Chimérique, on l’aime bien ici, comme on a pu le lire dans nos précédents articles. Cela n’empêche pas ces nouveaux épisodes (il y en a deux par volume) de s’avérer les plus faibles de la série. Certes, habituellement, Serge Lehman et Fabrice Colin font la part belle à la citation et à l’hommage. On peut même voir un regard, une réflexion, sur un pan entier de la littérature populaire française, celle du début du vingtième siècle. Mais, jusque-là, les auteurs se sont toujours arrangés pour ne pas négliger l’action et le mouvement. Même si ces scènes sont parfois traitées un peu négligemment, comme si elles n’étaient pas prioritaires (Brigade Chimérique III). On le comprend : si on veut voir un vrai film de super-héros pour s’éclater, mieux vaut voir les Spiderman que Watchmen, même si les deux ont leur intérêt.
Cependant, une formidable série italienne comme Greystorm, steampunk horrifique pour faire simple, tient, douze épisodes durant, le pari de rendre hommage au roman d’anticipation à la Jules Verne ou à la Conan Doyle (Le Monde Perdu) tout en offrant une conception très moderne de l’action. Le concept est d’adapter au goût du public actuel les vieilles recettes de la littérature pop ancienne. Et ça marche !
Hélas, cette fois, il se passe fort peu de choses dans cet avant-dernier volume de la Brigade Chimérique. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il n’est que l’ultime étape avant un final qu’on espère éclatant et spectaculaire. On peut parler de chapitres préparatoires à cette conclusion. On ne peut pas dire que ce qui est narré ici laisse indifférent, non, mais cela s’avère moins excitant qu’à l’habitude.
Notons malgré tout de bonnes scènes comme lorsqu’un fan de fascicules populaires fait profiter nos héros de sa science. Citons aussi une visite au club de l’hypermonde, qui regroupe de grands romanciers populaires comme Maurice Renard ou Jean Ray et, enfin, la scène superbe graphiquement où les troupes du Nyctalope envahissent l’Institut du Radium par une nuit d’orage et sous une pluie battante (Gess et Bessoneau y font vraiment des étincelles).
Regrettons quand même le trop grand nombre de pages consacrées à l’histoire narrée par George Spad, même si elles sont joliment mises en couleur. C’est un peu fatiguant et ça plombe le second épisode.
Enfin, ne doutons pas que la fin de cette saga intelligente saura nous captiver au moins autant que les quatre premiers volumes. Le réceptacle humain de la Brigade Chimérique rejoint Métropolis pour faire leur fête à Mabuse et à ses Crânes !

— Patryck Ficini

Éditions L’Atalante
ISBN 978-2-841-72-509-0

11 €

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