« La Citadelle de l’Autarque – Le livre du Nouveau Soleil IV » de Gene Wolfe

autarqueDans La Citadelle de l’Autarque, quatrième tome du Livre du Nouveau Soleil, Sévérian va faire l’apprentissage de la guerre. Presque en douceur d’abord, puisque, après un long chemin épuisant, il va pouvoir apaiser sa faim avec la nourriture trouvée dans le bissac d’un soldat dont le cadavre récent git à proximité de sa route. Mais autre chose aussi. Le besoin de tenter une réanimation avec la Griffe. Et le soldat va se relever, et le suivre. Tout à fait sonné mais vivant. Tous deux aboutiront à un lazaret de l’armée en campagne où ils seront pris en charge le temps de se remettre de leurs blessures. Sévérian y découvrira pour la première fois le mode d’expression des Asciens puisque l’un deux y est également soigné. Ce sera un court moment de paix avant de se retrouver réellement au cœur de la guerre et Sévérian prendra plaisir à y écouter les histoires de ses compagnons d’infortune. En effet, deux d’entre eux Méliton et Hallvard, s’y disputent les faveurs de Foïla qui proposera de s’engager avec celui qui racontera la meilleure histoire, avant de suggérer qu’on en écoute une de l’Ascien, puis d’en conter une elle-même. Et puis, ce sera enfin l’occasion de remettre la Griffe aux sœurs pèlerines.
Comme dans les tomes précédents, on retrouve là les permanentes allées et venues entre ce que Sévérian nous donne à voir de ce qu’il a vécu, de ce qu’il a perçu des réalités sous-jacentes, y compris avec les réminiscences de Thècle dont il a incorporé la personnalité, de ses souvenirs et de ses rêves et, enfin, de son point de vue au moment où il écrit.
Qui sait la durée d’un tel voyage à l’aune de la vie, même s’il n’est que de quelques mois aux yeux de ceux que l’on a quittés ?
C’est dire la richesse de ce livre que la complexité de la pensée du narrateur comme les mélanges du temps rendent tellement plus vaste que le motif de SF qui lui sert de propos. Qui peut savoir en effet ce que sera le Nouveau Soleil, attendu et espéré en ce monde dont l’étoile se meurt ?
Il y a, dans l’écriture de Wolfe, ici, et de manière générale, une qualité d’imagination et une intensité onirique qui mettent cet auteur tout à fait à part. Il est de ceux qui ouvrent des portes sur l’ailleurs pour qu’y passent nos propres rêves.
Suivent deux courtes nouvelles, toutes deux reliées à l’histoire elle-même mais en marge. Celle du Chat qui, par les yeux d’Odilon, Intendant de l’Autarque, nous donne un éclairage particulier sur les miroirs du père Inire et permet d’en mesurer plus justement les implications et celle de La Carte, où l’on découvrira le devenir d’Eata, qui fut l’un des compagnons du jeune Sévérian ; lui aussi, aura suivi une autre voie que celle de bourreau.
Dois-je préciser que j’apprécie beaucoup ?

Éditions FolioSF
486 pages
ISBN : 978-2-07-042918-9

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