« La dame n°13 » de José Carlos Somoza

ScannedImageUn crime affreux. Réel. Pire encore, l’avoir rêvé. Voilà qui va conduire Salomòn Rulfo chez le médecin et celui-ci à un diagnostic de psy : Rulfo, qui a perdu le goût de vivre, et aussi son emploi, à la mort de Béatriz, ne souffre-t-il pas d’une culpabilité sournoise ? Le Dr Ballesteros est toutefois sérieux, et curieux, et, avant même de lui accorder son amitié, il va accepter de l’accompagner jusqu’à la maison du crime pour en « vérifier » l’existence. Toutefois, à peine a-t-il laissé Rulfo devant le portail fermé que celui-ci y retourne pour le trouver ouvert, pour y trouver également une jeune fille, Raquel, qui a fait le même rêve que lui. Étrange coïncidence. Entre l’enseignant au chômage amateur de poésie et l’immigrée en situation irrégulière qui se prostitue dans un club très fermé va se nouer une certaine complicité dans la curiosité.
Ils entreront sur les lieux du crime pour y trouver ce qui apparaissait dans leurs rêves mais n’était pas sur les lieux tels qu’ils les ont visités ainsi qu’une photo dont le verso est annoté d’une surprenante citation.
Et que veut l’étrange petite fille que Rulfo rencontre à sa porte ?
Avec la certitude que la jeune femme assassinée l’appelait à l’aide et dans l’incertitude sur la conduite à suivre, Rulfo décide de se tourner vers son ancien professeur de littérature, César, l’homme de toutes les transgressions, même s’il a désormais renoncé à des parties privées et blasphématoires, et sa maîtresse, Susanna, qui fut également la sienne.
Et César va apporter un début de piste. Par hasard, mais le hasard existe-t-il ?, la photographie est celle de son grand-père, ivrogne, pervers et poète. Pour la première fois, Rulfo va entendre parler des Treize dames. Treize sorcières, qui ont inspiré les plus grands poètes au cours des siècles…
Mais Rulfo et Raquel ont trouvé autre chose qu’une photo : une petite statuette de cire. Et voilà que cette dernière fait l’objet de toutes les convoitises. Malgré toutes les menaces, malgré l’enlèvement de son enfant élevé dans la plus pitoyable des clandestinités, Raquel, à laquelle elle a été confiée, ne veut pas la rendre.
On ne se dresse cependant pas impunément contre douze puissantes sorcières et la treizième, celle dont on ne parle jamais…
Qui dira ensuite que les mots n’ont pas de pouvoir ? Ou que la poésie est un passe-temps de rêveurs ?
Un roman sombre, plein de sexe, de sang et surtout de souffrance, magnifiquement écrit, comme toujours chez Somoza, et bien servi par la traduction de Marianne Million. À déconseiller néanmoins aux jeunes lecteurs et aux âmes sensibles : ce fantastique-là, pour s’appuyer sur la poésie, n’a rien de la mièvrerie qu’on reproche parfois à cette dernière.

Éditions J’ai lu – Collection Par ailleurs
475 pages – 8€
ISBN : 9-78290-355787

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