« La forêt d’Envers-Monde » de Thomas Burnett Swann

Ils ne sont guère nombreux les ouvrages de fantasy réédités dans la collection Folio-SF. Si La Forêt d’Envers-Monde déroge à la règle, c’est sans doute parce qu’il s’agit d’une fantasy plus personnelle que les classiques « élu-quête-seigneurs du mal inusables » qui font la joie de nos chères têtes blondes et de quelques professionnels du traitement de texte opportunistes ; c’est aussi parce que les récits de Thomas Burnett Swann se fondent sur une nostalgie érudite des mythologies et des croyances originelles.

La Forêt d’Envers-Monde est un recueil composé de deux courts romans (le texte éponyme et Les Dieux demeurent) et d’une nouvelle (Le peintre). Si la nouvelle fait figure de bonus sans grand rapport avec le reste de l’ouvrage, les deux histoires principales ont pour leitmotiv et point commun la confrontation/cohabitation de deux cultures, de deux façons d’appréhender l’existence : l’une sensuelle, en harmonie avec la nature et les aspirations pulsionnelles des gens, teintée de magie, de mystères et d’un peu de cruauté ; l’autre rigide, austère, restrictive et se défiant de la nature et de ses avatars divins. La première regroupe grossièrement les anciennes religions polythéistes (notamment greco-romaine et celtique), la deuxième le monothéisme et, en particulier, la chrétienté. Ce face à face est traité de manière volontairement romanesque et caricaturale (quoique…) et l’auteur se défend d’ailleurs de verser dans la critique amère de la religion chrétienne.

Le premier récit se déroule au XVIIIe siècle : il ne reste plus de la magie et des dieux anciens que l’enclave représentée par la redoutable forêt d’Envers-Monde, près de Bristol. C’est au cœur de cette nature sauvage peuplée de créatures inamicales que Dylan, le marin bourru, et Deirdre, la belle romancière handicapée, partent courageusement à la poursuite de leur ami le jeune poète Thomas Chatterton.

Le deuxième récit a lieu plusieurs siècles auparavant, en Italie, au moment où les derniers païens n’ont d’autre alternative que la conversion à la foi chrétienne ou la fuite. L’histoire est celle de Dylan le Roanne, mi-homme mi-créature aquatique, de Nod, un esprit des blés, de Stella, une étrange déesse, et de Tutelina, la bonne vivante. Leur but consistera à rallier la Forêt d’Envers-Monde pour échapper à l’ire et à l’intolérance des chrétiens les plus radicaux.

La nouvelle « Le Peintre » nous conte de manière ironique la genèse de l’imaginaire terrifiant du peintre Jérôme Bosch. Contrairement aux deux romans, ce texte s’apparente à de la science-fiction.
Venons-en maintenant à la petite touche personnelle de Thomas Burnett Swann. Celle qui fait son charme selon ses admirateurs mais peut agacer les autres : un ton suranné et des tournures désuètes – qui donnent à l’écriture de Lord Dunsany une apparence branchée – et un côté libertin qui pourrait être sympathique si les protagonistes n’entortillaient chaque échange courtois ou autre scène amoureuse d’un écheveau de dialogues niais plus ou moins suggestifs.

À lire au moins une fois dans sa vie pour se rassurer quant aux capacités de renouvellement de la fantasy, mais avec le risque de ne pas adhérer au style poétique si particulier de l’auteur. Pour ma part, je ne ferai pas de deuxième tentative.

Éditions FolioSF
461 pages
ISBN : 2-07-033651-4

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