« La Quête du Prince boiteux – Chroniques d’au-delà du seuil I » de Paul Carta

princeboiteux800La quête de Khimaï a déjà commencé quand nous le rencontrons, au coucher d’un soleil hivernal, après deux jours passés dans la neige au seuil du domaine de Frya. Mais, enfin, voici l’auberge indiquée. Une simple auberge au passage d’un col – mineurs, bergers, quelques colporteurs… – mais chaleureuse et fréquentée, surtout ce soir-là car l’aubergiste prend des paris sur son champion de lutte. Pas un spectacle à dédaigner dans un tel coin perdu, mais sans intérêt a priori pour ce jeune compagnon charbonnier pauvre qui a entrepris son Tour des Maîtres.
Une auberge, un champion manchot, un simple apprenti, voilà qui nous mène directement en fantasy, précisément dans l’univers de Mitellia. Le simple apprenti est cependant déjà un prince, et il lui faut reconquérir sa place ; c’est classique également.
La manière l’est moins puisque, parti-pris d’écriture, l’auteur entrecoupe ce voyage de flash-back sur les années écoulées afin d’éclairer de sens précis de cette quête : il ne s’agit pas seulement de rétablir un ordre dynastique, de « droit divin » en quelque sorte, mais de savoir – et de prouver – qu’il a été rompu.
Pourquoi la faveur du dieu tutélaire s’est-t-elle détournée du prince ? Et peut-être surtout, comment ? Car, dans la Cité de Coeur-du-Monde, au centre des quatre grandes régions de Mitellia, siège Le Protecteur qui, par la grâce d’un pacte passé avec le Dieu secret, ne peut mourir sans l’héritier qui lui succédera.
Mais le Protecteur est mort au cours d’une bataille dont Khimaï est revenu, balafré et boiteux, pour se découvrir au retour à la fois orphelin et dépouillé de sa charge.
Sur tout cela, seule l’érudite Lathân pourrait l’éclairer, par ses connaissances mais, aussi, puisqu’elle fut son amie la plus chère, en attestant de son identité. C’est donc à sa recherche qu’est parti Khimaï, puisqu’elle est partie, mais pourquoi ?
Ces longs retours en arrière, qui ponctuent le roman, donnent de la profondeur au caractère du jeune homme. Ils permettent de suivre son évolution en parallèle avec la prise de conscience des responsabilités de son rôle. D’où une dimension psychologique, le petit plus d’un roman qui n’aurait pu paraître que conventionnel. Il en va de même pour ses amis, ses ennemis aussi, en plus ou moins fouillé.
Parallèlement, c’est toute la géographie et toutes les civilisations du royaume que nous découvrons. Ses peuples aussi, avec leurs cultures, et ses dieux et religions. Le meilleur parcours initiatique que puisse suivre un futur prince.
Et, parce qu’il s’agit d’un monde particulièrement riche et cohérent, même si cela implique des débuts assez lents, cela fait grandement partie du plaisir de la lecture.
Un détail cependant, les insertions entre chapitres d’extraits de chroniques « historiques » dont la police, très appropriée, est cependant trop réduite pour être lue aisément.

Éditions Archipel
367 pages – 19,95 €
ISBN : 978-2-8098-1615-0

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