« La Tombe » de F. Paul Wilson

tombeJack le Réparateur est un justicier à gages. Il répare les torts subis par les innocents, en employant la violence s’il le faut. Pour la première fois de sa vie, il est confronté à une malédiction séculaire qui risque d’entraîner la mort de l’amour de sa vie et de sa fillette. Jamais le danger n’a été aussi proche. Jamais il n’a été aussi démoniaque.
L’Inde mystérieuse et la culture populaire, c’est une vieille histoire d’amour.
Avec son lot de Thugs, étrangleurs adorateurs de Kali, de sacrifices humains et de tigres féroces, l’Inde a inspiré les romanciers populaires depuis le XIXème siècle. Citons Confessions d’un Thug (P.M. Meadows, 1839), qui fit beaucoup pour la sinistre renommée de la secte, l’inoubliable et terrifiant étrangleur du Juif Errant, génial roman-feuilleton fantastico-social d’Eugène Sue, publié quelques années plus tard, et enfin, les Thugs effrayants des Mystères de la Jungle Noire, classique de l’aventure épique signé par Emilio Salgari en 1887.
Aujourd’hui, l’Inde, dans ce qu’elle a de plus sombre, n’a rien perdu de son attrait : évoquons brièvement le petit Gore Kali-Yuga, signé Reg Sardanti, le ténébreux Chant de Kali de Dan Simmons ou encore le roman de gare allemand de Jason Dark La Déesse de la Mort, une aventure du diablement sympathique détective de l’occulte John Sinclair.
Au cinéma, impossible de ne pas songer au second épisode, volontairement rétro sur le fond, d’Indiana Jones, ou encore aux Étrangleurs de Bombay, un Terence Fisher mineur mais assez prenant.
La Tombe, premier tome de la série consacrée à Jack le Réparateur, ne fait qu’ajouter une nouvelle pièce à cettre tradition occidentale. On y retrouve le méchant indien (qui ne manque pas ici de panache, obsédé comme il l’est par l’honneur et le karma) sectataire de Kali auquel on préfèrera la soeur, aussi belle que les actrices de Bollywood Priyanka Chopra ou Bipasha Basu. Seule originalité : en lieu et place des fidèles étrangleurs (car il est impur de verser le sang pour Kali), on trouve une petite armée de démons assez flippants, les rakoshi. Pour les ramener à la vie, leur maître s’est accouplé avec la dernière femelle vivante de l’espèce ! Son but : venger sa famille assassinée un siècle plus tôt par un anglais cupide dans ce qui était l’Inde coloniale d’alors. Massacre qui donne lieu à de très réussis flash-backs historiques où rien ne manque en couleur locale. F. Paul Wilson s’y connaît puisqu’il fut déjà responsable d’un très bon roman vampirique qui se déroulait pendant la seconde guerre mondiale, La Forteresse Noire.
Wilson sait indéniablement écrire, créer des personnages vivants et des situations prenantes. Dommage qu’il cède largement au penchant des romanciers d’horreur post-King, en pondant 476 pages pour une histoire qui aurait été infiniment plus excitante en 200. La faute à des descriptions sans fin des états d’âme de l’ex-petite amie du héros, à quelques scènes inutiles ou trop longuement étirées aussi, alors que, clairement, seuls Jack et son ennemi offrent un réel intérêt psychologique. Ainsi, les origines de Jack sont-elles passionnantes et même profondément émouvantes. Tout ce que qu’on veut, même si c’est d’un primaire assumé, c’est voir le Réparateur traquer et éliminer les démoniaques rakoshi ! Les 150 dernières pages, à ce propos, sont vraiment emballantes et dignes d’être montrées en exemple à des apprentis romanciers d’action.
Enfin ! restera le souvenir d’un héros peu commun. Jack est un nouveau genre de combattant de l’occulte, pas un détective comme Harry Dickson ou John Silence, plutôt un marginal surdoué, un mercenaire, une machine à tuer parfois malicieuse qui évoque le Charles Bronson grand style des années Soixante-dix, celui du Justicier dans la Ville, du Flingueur ou de Monsieur St-Ives. L’Exécuteur de Don Pendleton est ironiquement cité dans le bouquin, et il y a de ça aussi. À la fin, on pense même au justicier de série B The Exterminator, quand Jack grille du démon au lance-flammes. Même le Big Bad Boy, qui proposait naïvement un duel loyal, finit horriblement calciné !
On ne peut résister au plaisir de citer Paul Wilson, p. 430 : « Ce qu’elle regardait était plus qu’un meurtrier. C’était la Mort elle-même incarnée dans un corps humain(…) Dans ses pupilles se concentrait une rage si intense qu’elle en devenait inhumaine. Il était facile de croire qu’il aurait pu arrêter le cœur d’un homme rien qu’en tournant vers lui ce regard assassin. » Voilà Jack aux yeux de sa copine ! Il la terrifie… même si c’est un ange avec sa gamine.
Jack est un chevalier des temps modernes, tendance « dark knight ». On pense parfois aux personnages de Robert Ervin Howard comme Solomon Kane. Pas étonnant que l’auteur soit fan de pulps (même si les écrivains qu’il admire faisaient court, eux) ! Et encore, pour le plaisir, cette description d’un anti-héros appelé à devenir mythique : « Mais était-il vraiment un homme ? Il évoquait davantage une force naturelle, primordiale, irrésistible, tel un ouragan ou un tremblement de terre. Un envoyé des dieux venu le mettre à l’épreuve. » (p. 448)
Vous avez dit l’Exécuteur ou l’Implacable ?
Malgré ses longueurs pesantes, La Tombe est un excellent bouquin si on aime les héros bigger than life et les démons exotiques à la Graham Masterton. On peut même dire que F. Paul Wilson fait du Masterton sans l’humour souvent déplacé et la complaisance sexuelle ou gore de ce dernier (qui font aussi son charme !).

Éditions Milady
7 €
ISBN : 978-2-8112-0312-2

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