« La Vieille Anglaise et le continent » de Jeanne-A Debats

vieille anglaise2On peut avoir atteint l’âge de mourir sans se persuader de la nécessité de la chose, et le Dr Ann Kelvin n’en a pas envie du tout. Sans doute est-ce la principale raison pour laquelle elle va accepter la proposition de Marc Sénac qui fut, trente ans plus tôt, son jeune élève et avec laquelle elle eut une liaison trop mouvementée pour ne pas les blesser tous deux. Mais il est une autre raison encore : son amour pour la vie sous toutes ses formes et, en particulier, celle qui peuple les océans.
La sauvegarde des baleines n’est-elle pas une cause des plus nobles ? Ainsi Ann va-t-elle accepter la mnèse, à laquelle elle répugne de tout son être, ce qui ne lui permettra de survivre que peu de temps dans l’esprit d’un cachalot, maintenu artificiellement en vie dans ce seul but, mais en sauvant son espèce.
Voici Ann, équipée d’une balise, glissant à travers les courants ; cachalot certainement assez maladroit mais également assez prudent pour ne pas heurter ses congénères. Heureusement puisque, dans le monde des eaux comme dans celui des hommes, il est bien difficile de se tirer d’affaire tout seul. Là aussi, rien ne saurait être plus précieux qu’un véritable ami.
Les premiers résultats ne tarderont pas à se manifester, la chair des baleines qu’elle aura contaminées grâce au virus implanté dans ses flancs, devenant impropre à la consommation…
Louable dessein de la part de Marc Sénac et de la fondation qui l’emploie sans lui ménager ses crédits. Mais peut-être était-il bien naïf, car Ann découvrira bien autre chose que la chasse prohibée.
Il est un proverbe asiatique qui assure qu’un homme et une femme qui s’aiment pourraient à eux seuls vider l’océan. Il est certain qu’Ann et Marc, qui n’a jamais cessé de l’aimer, aideront grandement à le sauver et, aussi, à se « sauver » eux-mêmes.
De profondeurs inconnues en retours sur le passé, l’auteur nous fait partager, l’air de rien mais avec beaucoup de classe, ses convictions et ses inquiétudes. C’est toute la supériorité de l’écrivain sur le politique, et le propre des écritures parfaitement maîtrisées, que l’on a d’autant plus de plaisir à lire qu’elles ne sont pas si fréquentes.
Pas étonnant que cette novella ait raflé tant de prix (Julia Verlanger, Grands Prix de la SF et de l’Imaginaire).

Éditions Griffe d’encre
77 pages – 8 €
ISBN : 978-2-917718-00-1

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