"L’Appel de la lune" de Patricia Briggs

Mercy Thompson est garagiste. Accessoirement, elle est aussi coyote-garou (même si elle chipoterait sur le terme, lui préférant métamorphe ou Changeuse). Cela pourrait surprendre si elle n’a avait été élevée dans une meute de lycantrhopes !

Dans cette dimension parallèle à la nôtre, les créatures mythiques existent bel et bien. Certaines, les faes (esprits élémentaires et autres lutins) ont même fait leur coming-out (!) vingt ans plus tôt en révélant leur existence à une humanité jusque-là incrédule, persuadée à tort que la science a prouvé depuis belle lurette que ces créatures appartenaient au domaine de la légende. Si les faes se sont ainsi dévoilés, c’est principalement parce que leur découverte était de toute façon inéluctable avec, justement, les progrés de la science, par exemple en matière de criminologie et de médecine légale. Officiellement acceptés par une humanité pleine de tolérance, jusque dans ses universités, nombre d’entre-eux n’en sont pas moins parqués dans des réserves (ce qui rappelle quelque chose aux Américains) quand ils ne sont pas la proie de fanatiques prêts à leur faire la peau ! D’autres créatures surnaturelles ont préféré garder le secret (mais pour combien de temps ?) à l’image des vampires, effrayants clans mafieux soumettant les faes à leur racket, ou des loups-garous.
Mercy est un peu à part. Métamorphe, elle est certainement l’une des dernières à pouvoir se changer en coyote, car elle descend des natifs américains, tandis ques les autres sont plutôt issus de la Vieille Europe. Comme leurs confrères humains à l’égard des Indiens, ils s’en sont d’ailleurs donné à coeur joie des siècles plus tôt pour exterminer les Changeurs.
Mercy semble s’en tirer plutôt bien au sein de cette faune colorée. Adepte du judo et du karaté, experte au flingue et au fusil (seule héroïne à ma connaissance à user de la célèbre et destructrice Marlin 444 chère à l’Exécuteur, le célèbre héros de romans de gare franco-américain qui a inspiré le Punisher !), Mercy n’hésite pas à faire le coup de poing en cas de besoin. Son garage lui permet de vivre correctement. Pour payer le racket des vampires, elle s’en tire en réparant le van (peint comme celui des amis de Scoubidou !) d’un vampire plutôt sympa, fan on l’aura compris de Scoubidou mais aussi de Buffy contre les vampires (sans doute comme l’auteure elle-même !). Son voisin est un beau et mystérieux loup-garou.
Celui-ci, l’un des plus puissants chefs de meute américains, voit sa fille enlevée tandis qu’un jeune loup-garou errant pris sous l’aile de Mercy est assassiné.
Il semblerait que quelqu’un veuille semer la discorde entre meutes. Qui, et pourquoi ?
On l’aura compris, ce premier tome des aventures de Mercy Thompson est consacré à une viste guidée des communautés loups-garous – à part une brève incursion en terre vampire, très inquiétante et bien fichue, autant qu’inutile à la progression de l’intrigue. Possible qu’on en apprenne plus sur les vampires racketteurs par la suite. Tant mieux car en un chapitre, Patricia Briggs parvient à les rendre effrayants. Ce qui n’a rien de facile avec des créatures aussi connues.
Ses loups-garous sont évidemement encore mieux traités. Leur force surhumaine et leur tendance à la violence en font des créatures avec qui compter. La classe avec laquelle Briggs traite ses (trop) nombreux personnages les rend pour la plupart extrêmement humains (mais oui !) et attachants. Même les petits rôles sont bien campés. Ce qui n’empêche pas qu’une distribution moins importante aurait rendu la lecture plus aisée.
L’Appel de la lune est construit comme une enquête mouvementée dans un univers de fantasy urbaine très soigné, que l’on a envie de découvrir encore. L’action commence dès le chapitre 2, sur les chapeaux de roue. On sent vite que les enjeux sont d’importance (et on ne peut qu’être déçus quand on en sait davantage), à tel point que cent pages avant la fin on n’imagine pas que le volume ne soit pas « à suivre ». Et pourtant ! L’histoire du complot visant à une guerre des chefs loups-garous s’achève bien ici. Et c’est tant mieux, car trois cent quatre-vingt pages étaient plus que suffisantes pour en assurer le développement.
Ce que l’on retiendra de L’Appel de la lune, c’est avant tout la richesse de ses personnages, le potentiel de son univers, et les qualités d’écriture de Patricia Briggs. Comme c’est à la mode en Bit-Lit depuis le succès d’Anita Blake, le récit se fait à la première personne, sans cependant avoir jamais le caractère relâché et surchargé d’humour du premier Jaz Parks. Comme quoi on peut oeuvrer dans le même genre (au sens large) et obtenir des résultats complètement différents.
L’Appel de la lune, et c’est un compliment, séduira peut-être même davantage les fans de la Tueuse (Buffy) que ceux de sa cousine, l’Exécutrice (Anita).

— Patryck Ficini

Éditions Milady
7 € – 385 pages
ISBN : 978-2-8112-0041-1
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