"L’Avenir ne sera plus ce qu’il était" de Yann Quero

Il s’agit ici du troisième roman de Yann Quero. Un roman de science-fiction cette fois, encore que je ne sois pas à même de déterminer la pertinence de la partie scientifique. Ceci pour le cas où des physiciens purs et durs se plaindraient qu’elle ne le soit point. Parce qu’en réalité, cela n’a aucune importance.
À l’allure où avance le réchauffement climatique, ce n’est pas être alarmiste que de penser notre planète fort mal barrée. Au sens propre du terme. Et même si l’humanité n’en est pas tout à fait certaine, c’est pendant qu’elle réveillonne, ce 31 décembre 2035, que toutes ses certitudes vont basculer.
Le réveillon le plus mortel qui soit aux yeux de Cécilia, pas encore seize ans, et réduite à regarder un film dans la seule compagnie de son chat parce que, après le faux champagne et la dinde, ses parents sont partis se coucher. De toute façon, c’eût été pire avec eux. Un père pontifiant et borné, professeur à l’université de Harvard. Une mère assez sotte. Les deux réunis en « lieu géométrique des lieux communs ». L’auteur n’est pas tendre avec l’américain moyen. Une vraie caricature.
Rien d’étonnant donc à ce que leur fille ait une conduite radicalement opposée, s’exprime avec une vulgarité propre à leur déplaire, boive et se drogue en cachette et doive à la situation de son père qu’on consente encore à la scolariser dans un établissement adéquat.
Mais, bon, c’est la nouvelle année, on ne lui refusera pas d’aller en boîte, dûment chaperonnée par l’assistant de son père, un naïf bien incapable de lui tenir tête. Pas de chance pourtant, il ne reste plus de cette drogue si extraordinaire qu’elle se promettait d’obtenir.
Mais voilà que, brusquement, ce père si médiocre va être appelé en urgence auprès du président des États-Unis, et de façon musclée. Ça lui apprendra à avoir cru à une plaisanterie. Car s’il se moque des goûts de sa fille sur les films d’aliens, le gouvernement, lui, prend au sérieux le message qu’il a reçu. Les aliens sont déjà là et ce qu’ils proposent, c’est leur aide pour dépolluer la terre, arrivée à un point tel qu’il n’y en a plus que pour quelques années.
Seulement, voilà, quand tous les gouvernements du monde reçoivent le même message, même s’ils le prennent au sérieux, ne vont-ils pas chercher à en tirer le meilleur parti au détriment des autres ? Enfin, s’il ne s’agit pas tout bonnement d’un canular. Et, d’abord, éviter la panique ; qui oublierait les histoires brodées autour de Roswell ?
Une petite équipe américaine partira donc à la rencontre de ces extraterrestres sous les ordres du général Springfield, brillant militaire, et intègre, qui ne se remet pas d’une séparation avec son épouse japonaise. L’accompagneront, au titre des civils, le professeur Arnold, père de Cécilia, Helen Bloom, philosophe new age et Helmutt Grant, cybernéticien.
Mais les nouveaux venus sont-ils bien là pour les aider ? Et, si oui, s’accordent-ils bien tous ou n’y aurait-il pas parmi eux des rénégats ? La rumeur court déjà qu’ils seraient là pour stériliser les humains et… les chats.
Que l’auteur soit sensible aux problèmes d’environnement, la lecture du Procès de l’homme blanc, le soulignait déjà. Qu’il le soit aussi aux mythologies et à leur signification profonde également. Il nous invite donc, cette fois, à découvrir la pensée magique des aborigènes d’Australie et, de façon beaucoup plus fouillée, les mythes amérindiens. Ainsi Cécilia découvrira-t-elle, en même temps que Stephen, l’assistant de son père qu’elle aurait bien voulu séduire, qu’une des principales fonctions du mythe est de grandir, et de se connaître aussi, quoique l’un n’aille pas sans l’autre. Et que, non, plus jamais, pour elle ni personne l’avenir ne sera ce qu’il était.
Voilà un auteur que j’apprécie, tant pour son propos que la manière dont il le traite, et puis je suis tombée dans les mythes quand j’étais petite. Je ne peux donc qu’en conseiller la lecture, sans vous laisser décourager par quelques coquilles – la nouvelle « mode » pour certains éditeurs – et par une couverture visiblement destinée à en décourager l’achat. C’est vraiment dommage.

— Hélène

Éditions Arkuiris
671 pages – 19,90€
ISBN : 2-9520184-9-9

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