Le Calepin Jaune n°6

Voici enfin le numéro 6 du Calepin Jaune tout de jaune vêtu, un peu trop jaune peut-être ? Comme d’habitude, en ouvrant la première page de ce fanzine dédié à la littérature de l’imaginaire du XIXème siècle, je m’attends à passer un bon moment. Je n’ai pas été déçue.
Les illustrations de Michelle Bigot, Fablyrr et Estelle Valls de Gomis agrémentent ce numéro d’une très jolie façon. Au passage je leur tire mon chapeau, je n’ai rien à redire quant à la qualité des dessins dont le charme est partie intégrante du fanzine et qui sont tout à fait dans le ton.

De l’ensemble il se dégage une certaine homogénéité au niveau de la qualité des textes et de leurs thèmes : la folie et le vampirisme me semblent être les fils conducteurs invisibles de ce numéro. Folie d’une jeune fille perdue par des chimères, folie du plaisir, de la boisson, de la vie ordinaire. Folie des mots, des idées qui nous échappent. Bref, tout cela m’a donné envie de le lire au plus vite.

Maintenant, qu’ai-je ressenti à la lecture de ces nouvelles disposées là pour moi, humble lectrice ?

Commençons par Persona non grata de Charlotte Bousquet. À n’en pas douter il s’agit là d’une belle histoire, quoique tragique. Le personnage est sympathique dans sa détresse. Je me suis attachée à elle, j’ai espéré pour elle et j’ai prié pour son envol. Mais j’ai été déçue par la fin, la chute qui m’a parue superflue et qui a eu pour effet de gommer un peu la poésie du texte. C’est dommage parce que l’écriture, l’univers que l’auteur a créé, le personnage, enfin, m’ont touchée.

Février : Renaissance par Mathieu Fortin. Très beau. Je n’ai pas d’autres mots. Un texte court et simple dont les mots me sont allés droit au coeur. Une poésie mélancolique qui a fait de cet instant pourtant douloureux, un merveilleux moment de lecture. Oserais-je dire que la larme perlait au coin de mon oeil à la fin de ma lecture ?

La Dernière lettre par Nihil Messtavic. C’est une nouvelle très bien écrite qui se lit sans déplaisir. La seule chose qui m’a dérangée c’est que l’histoire soit racontée après coup, en flash back . Cela a mis comme une distance dans le texte et c’est peut-être à cause de cela que je ne me suis pas sentie impliquée par ce qui arrivait aux personnages.

Voyage à Bain (partie 1) de Renaud Cerqueux. J’attends la suite car l’auteur a su distiller le mystère éveillant ma curiosité de lecteur. Ainsi comme le héros qui s’interroge sur les us et coutumes de la ville , je m’interroge sur la suite qu’il va donner à cette histoire dont le sujet est original.

Le Vieil Emile de Franck Guilbert. Que dire de plus sinon que l’histoire est bien amenée, bien écrite. Que l’on ressent l’ambiance et l’atmosphère de l’époque, qu’il ne manque que le feu de bois et le conteur pour parfaire le décor. Bref un vrai conte fantastique comme il ne s’en raconte plus guère.

Sur un air de folie de Stanislas Delaplace. Le texte m’a bien plu même si l’histoire est transparente. Les points de suspensions m’ont quelque peu déroutée au début de la lecture mais en fait, ils donnent l’impression que le protagoniste est perdu dans ses réflexions qu’il nous livre comme elles viennent. Ils accentuent la démence du personnage et même si l’histoire peut paraître classique, la façon dont elle est écrite ne l’est pas.

C’en est assez de Vanessa Duval-Gagné. Sans doute le texte qui m’a le plus rendue perplexe. L’écriture est belle, harmonieuse mais le texte m’a paru trop abstrait. En tout cas, et c’est quand même une bonne chose, il ne m’a pas laissée indifférente.

La Rencontre de Corinne Molina. Histoire classique, énième version du vampire romantique que j’ai pourtant lue avec plaisir (certainement parce que j’adore les histoires de vampire). Le seul reproche que je pourrais faire, c’est que j’ai ressenti comme une distance entre l’auteur et son texte. J’aurai aimé qu’elle s’implique davantage dans son histoire qui aurait, ainsi, gagné en intensité.

Les Riches heures gothiques victoriennes de Lord Soffen (partie 1 ) d’Armand Cabasson. Voilà une histoire qui commence bien. Le personnage m’a fait penser à un Dorian Gray décadent et blasé à souhait. En plus l’écriture est délicieuse. Bref, encore un bon moment de lecture pour l’humble lectrice que je suis. Reste à savoir comment va se terminer cette histoire qui a si bien su m’intriguer.

Vous m’avez fait former des chimères (partie 2) de Leonor Lara. C’est mon coup de coeur ! Une découverte qui m’a subjuguée. Le style, le vocabulaire dans la lignée de ces auteurs du 19ème siècle dont j’admire l’écriture. Tout m’a plu, le décor, l’histoire, les personnages, l’ambiance du lieu, le style surtout. Quelle élégance dans chacune des phrases ! J’attends la suite avec grande impatience.

En résumé, vous l’aurez compris, j’ai passé un agréable instant de lecture et malgré quelques petits reproches (mais sincèrement très petits) j’ai trouvé que la qualité de ce numéro 6 n’était pas à démentir. Un bon choix de textes, de belles illustrations, que demander de plus ?

— Tonie

Le Calepin Jaune
Trimestriel
geocities.com/lecalepinjaune
prix : 6 €