« Le Feu de Dieu » de Pierre Bordage

feudieuLa fin du monde est pour demain ! Enfin, pour 2012. Si les Mayas ont été les plus précis, ils n’ont pas été les seuls à prédire l’Apocalypse. Elle aura lieu, certainement, et selon des modalités bien connues : le champ magnétique de la Terre s’évanouira, les continents seront soulevés par un bouleversement dans la croûte terrestre, et les nuages de cendres plongeront la planète dans une nuit de sept ans.
En tout cas, c’est ce dont Franx est persuadé. Tellement qu’il a convaincu trois autres familles d’acheter et fortifier une ferme du Périgord, le Feu de Dieu du titre, et d’y entreposer de quoi survivre aux années noires. Ainsi protégée, la petite communauté survivra au cataclysme et pourra repeupler la Terre lors de la nouvelle ère qui s’ouvrira.
Enfin… C’était le plan. En réalité, rien ne s’est passé comme prévu. D’abord, les coucheries entre les membres de la communauté (bah oui, mettez sept adultes dans une maison fermée, et ils vont tous se mettre à coucher ensemble ; il n’y a qu’à regarder Secret Loft Academy pour s’en rendre compte) ont eu raison de sa cohésion : il n’y reste plus que la famille de Franx et Jim, un parasite arrivé là par hasard et trop paresseux pour partir. Ensuite, la fin du monde a lieu avec deux mois d’avance, alors que Franx est à Paris pour régler une succession.
S’ensuivent cinq cent pages (prétendument) haletantes, suivant en alternance les aventures de Franx, jeté sur les routes glacées d’une France disloquée, et celles d’Alice sa femme, enfermée avec ses deux enfants et Jim qui se transforme rapidement en prédateur sexuel et en tyran.
Ah, et puis les enfants (Surya, que Franx recueille dans un RER renversé, et Théo, fils d’Alice et Franx) se mettent à avoir des visions.
Ça, c’est pour le pitch. Que donne ce roman en réalité ? Eh bien, pas grand-chose. Il est difficile pour le lecteur d’accepter que les Mayas aient prévu avec justesse et précision non seulement la date du cataclysme, mais aussi ses modalités (suppression du champ magnétique terrestre, éruptions volcaniques dans l’Essonne, arrêt voire inversion de la rotation de la Terre), qui sont au demeurant fort peu vraisemblables. Au-delà de ces broutilles, on a droit à un florilège de viols, d’humiliations, d’indignités, de violences, de ravages, de comportements égoïstes et asociaux allant jusqu’à l’anthropophagie ; mais aussi quelques actes de charité, histoire que la morale soit sauve.
Le style est trop lourd, le suspense inexistant, l’évolution psychologique des personnages est convenue. Enfin, le tout est généreusement saupoudré de mysticisme un tantinet cheap sur le thème « les enfants seront notre rédemption, car ce sont des cœurs purs qui donneront naissance à une nouvelle espèce d’humains plus illuminés ».
Un roman laborieux, donc, d’un intérêt discutable.

Editions Au Diable Vauvert
504 pages – 23 €
ISBN : 978-2-84626-198-8

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