« Le Mercenaire » de Mack Reynolds

mercenaireDans le rayon Anticipation, on pourrait penser qu’au bout d’un demi-siècle, un texte a perdu de son actualité. Ou que l’imagination de l’auteur le projetait à tel point dans le futur que la spéculation est toujours de mise. Ce n’est pas le cas ici. Sans doute s’agissait-il d’une mise en garde puisque Reynolds s’est engagé politiquement très jeune mais elle n’a guère été écoutée.
Son Mercenaire vit dans un monde si proche que ce que pourrait être le nôtre et se lit plutôt comme un pamphlet.
Le héros, Joe Mauser, mercenaire de métier, est sur le point de s’engager mais, par malchance, ou délibérément, s’apprête à choisir le mauvais camp : les Transports Aspirotube.
C’est pourtant par pure ambition qu’il exerce ce métier. Il n’est pas le seul. L’Amérique où il vit abrite une population inactive. Point de chômage ici car le progrès a permis d’occuper chacun et d’assurer les besoins de tous. Les citoyens disposent de droit de crédits à cet effet.
Il en va de même en Russie d’ailleurs. Le monde vit donc dans une parfaite paix, les citoyens votent démocratiquement et, partant, s’estiment en démocratie.
Ce qui n’empêche pas les élites politico-économiques de les diriger tout en restant entre-soi. Et comme le meilleur moyen de s’assurer que cela perdure, après le pain, demeure les jeux, la chose est prévue.
Il fut un temps où la télé-réalité suffisait, puis la violence, puis les guerres. Mais il n’y a plus de guerres. Comment satisfaire ce besoin de distractions sanglantes d’une population bourrée de tranquillisants et de télé ? En commençant par délimiter un terrain d’affrontement pour les syndicats les plus puissants, pour finir par recruter des soldats qui se battront vraiment. Ils deviendront les vedettes de ces spectacles qui n’en seront plus tout à fait même si, par convention, aucun armement ne doit être d’une technologie postérieure à 1900.
À ceux-là sera donné une chance, une petite chance, de ne pas demeurer Inférieur, ou Semi-inférieur mais de passer dans une classe supérieure… peut-être.
Une nouvelle dont l’auteur tirera par la suite un roman mais, telle quelle, elle se suffit parfaitement et illustre non moins parfaitement la collusion entre le pouvoir et l’argent. Un avenir si clairement énoncé qu’on aurait aimé qu’il fut pure science-fiction mais une lecture d’autant plus plaisante que ce n’est pas le cas. Les technologies changent, pas les gens.

Éditions Le Passager clandestin 
Collection dyschroniques
139 pages – 8 € 
ISBN : 978-2-916952-81-9

%d blogueurs aiment cette page :