« Le Monde-aux-Jumeaux – Les Chroniques d’Arcturus VII » de Gilles Servat

jumeaux-servatParce qu’ils ont commis un inceste mais en toute innocence, Arcturus et Brune de Bri, les enfants du Nouada, sont seulement condamnés à l’exil et écartés du Rythme.
Les Liwédis, chez qui l’inceste est également tabou, accepteront pourtant de recevoir le jeune couple car c’est là un privilège des dieux. Classique. L’ennui, c’est de le rappeler ad nauseam, comme le désir qu’ils inspirent aux adultes qui les accompagnent ou les croisent. Il s’agit d’ailleurs du motif de la haine que leur porte le puissant drwidh Ogam Pentéot et qui lui vaudra d’être chassé et maudit sans apaiser son besoin de vengeance.
Il ne sera pas leur seul ennemi. Au fur et à mesure de leur voyage vers la terre qui avait accueilli leurs parents et sur laquelle ils entendent s’installer, ceux qui ont désormais adopté les noms d’Aberth, l’Enfant du prodige, et de Stirèn, la Fille du Nouada, retrouveront leurs pouvoirs.
Ils seront rejoints par les partisans des dieux-jumeaux quelque peu déconsidérés aux yeux des autres peuples brésis. Ce sera donc déjà une petite communauté, la Fraternité de Qimïade, quand arriveront les envahisseurs annoncés par la prophétie. Des envahisseurs venus de l’espace, comme le Nouada, d’ailleurs.
J’aurais aimé dire grand bien de ma lecture. L’auteur est un excellent conteur. L’illustration de couverture due à Yann Tisseron ne manque pas d’élégance. Les variations, même lointaines, de la légende arthurienne sont un précieux terreau de légendes. Quant au mélange science-fiction-civilisations-celtiques, l’humour peut l’y disputer à l’érudition. Mais… c’est une mode bien actuelle, surtout dans le domaine de la fantasy, que celle des longues sagas dont l’action n’avance guère faute de se résoudre à écrire le mot « fin ». Si difficile qu’il soit de s’y habituer, le lecteur indulgent finit souvent par s’en accommoder. Encore faut-il l’y aider.
Les deux héros sont ici de très jeunes adolescents, presque des enfants, appelés à se confronter à un monde d’adultes. S’il s’agissait d’un de ces romans, dits pour la jeunesse, qui se voient conférer un rôle initiatique à la manière d’un conte de fées, pourquoi pas ? Les épreuves rencontrées y sont alors destinées, quel que soit l’âge, à dépasser l’enfance en rassurant le lecteur sur ses capacités à y réussir. Un petit reste d’émerveillement suffit donc pour s’y glisser.
Peut-être était-ce le propos et sera-t-il développé dans d’autres tomes, mais, en l’espèce, cela exige une suspension d’incrédulité au-delà de celle que l’on peut raisonnablement attendre. C’est d’autant plus dommage quand on écrit avec talent.

Éditions L’Atalante 
287 pages – 14,50 € 
ISBN : 978-2-84172-630-1

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