« Le Réchauffement climatique et après… » de Yann Quero

51B1Cll4oYL._SY344Le réchauffement climatique, voilà un sujet dont on parle beaucoup, et partout, et l’on en voit déjà bien des effets. On en parle, oui, mais agir, c’est une autre affaire comme le souligne fort justement Jean-Pierre Fontana qui préface cette anthologie.
Il serait pourtant déraisonnable de croire les paroles totalement impuissantes. Il suffit de regarder les maux qu’elles peuvent engendrer pour ne jamais douter de leur force. Encore faut-il qu’elles touchent juste. Une bien grande responsabilité donc pour les auteurs ici réunis par Yann Quero pour tirer la sonnette d’alarme.
Aux lecteurs de juger si le pari est réussi.
Quatorze nouvelles. Toutes situées dans un futur à peine lointain, ou même tout proche, parce que toutes établies sur le même constat : faute d’action immédiate, le réchauffement climatique a déjà « gagné ».
Que ce soit exprimé de façon poétique par Fabien Clavel avec Regarde les éoliennes qui ouvre l’anthologie ou plus métaphoriquement par Sébastien Parisot qui la clôt avec De sable et de sang.
Entre une humanité subsistant en communautés avidement dépendantes du peu d’énergies encore disponibles et une autre qui ne réalise pas que c’est sur elle-même qu’elle doit pleurer, le cadre est donné.
Neige Tropicale de Yann Quero : quand le réchauffement climatique ne laissera que quelques îlots où survivre, qui pourra s’y réfugier ? Les très riches sans doute. Ou les détenteurs du pouvoir. Voire même des gens ordinaires dont le hasard a fait des espions mais sans leur donner l’absence de scrupules nécessaires. Ce n’est donc pas dans la sérénité que Pierre attend à Paramaribo celle avec laquelle il espère recommencer sa vie. Il est vrai qu’entre la chaleur, les insectes, les mafias et les pseudo-touristes qui commencent à s’y bousculer, l’espoir n’a guère sa place.
Il est temps mon ange, ce sont les jolies paroles de sagesse d’une grand-mère polynésienne à son petit-fils que nous rapporte Djane Grivault. Il est toujours un temps où il faut partir pour recommencer. C’est ce qu’apprennent les légendes lorsqu’on ne les oublie pas.
Sophie Fedy, avec La dernière reine, accorde aussi des chances de survie à l’humanité, mais sans l’aide des abeilles, eh bien… Bon courage !
Avec 2073, l’année de la pluie… Pierre-Antoine Brossaud donne une petite revanche amusante à la Bretagne. Le seul coin après tout où il puisse encore pleuvoir. Une déclinaison sur le mode : en Bretagne on n’a pas de pétrole mais on a des idées.
Ernest est le nom d’un ouragan. Un ouragan que Sylvain Lamur nous précise né à la suite d’un terrible séisme. Pire, au lieu de s’atténuer, il a pris de la force avec le temps et balaye la planète de façon aléatoire en détruisant tout sur son passage. Ainsi a-t-il fallu s’habituer à vivre avec, voire dans des villes mobiles. Mais s’il faut déjà être riche pour en bénéficier, on n’en est pas totalement à l’abri pour autant.
L’avenir n’est jamais certain. Ainsi le réchauffement climatique redouté, après des années de variations brutales, ne s’est-il jamais produit. Bien au contraire mais il aura fallu beaucoup de courage et le hasard d’une rencontre pour que les lingafrancs qui l’avaient évité corrigent quelque peu le tir en transformant le Sahara en jardin. Nous saurons comment en écoutant le récit de Tufik dans Mon Coeur pleure Léda de Bernard Henninger.
Selon Cyril Amourette, le réchauffement climatique sera une nouvelle donnée, déterminante, dans La Guerre des arbres, celle qu’ils mènent depuis les origines et que l’homme était pourtant en passe de gagner.
La Flamme déclinante du Shratonprincess évoque Wikolia la Guide et Ramaina le chamane auxquels il appartient de l’entretenir au coeur de leur clan. Un pauvre et minuscule fragment d’humanité qui survit dans un froid glacial et mortel. Un texte qui tire tout son attrait d’une sobriété parfaitement maîtrisée par Stéphane Dovert.
Si le réchauffement climatique ne permet plus la survie de l’humanité, permettra-t-il L’avènement des dryades ? C’est la question que s’est posée Anthony Boulanger avant de suggérer une réponse.
Arnault Pontier, lui, laisse L’Homme de sable y répondre et nous raconter ce qu’il en fut du tout dernier dérèglement climatique : celui qui survint début 2027 et qui était totalement inattendu.
Qu’importe si les mortels ordinaires périssent dans les cataclysmes ou de la pollution en ce Cinquième âge de l’humanité, le Klimat Yuga ? Laurent Pendarias y joue sur l’idée des avatars et des réincarnations. Celles permises par les clones qui, génération après génération, recommencent les mêmes guerres légendaires. Toujours idéalisées par la religion mais toujours économiques et jamais terminées. Les pions que l’on balaye ont-ils jamais eu leur mot à dire ? Un texte plein d’imagination mais sans doute le moins convaincant.
Ainsi l’alarme est-elle donnée. Doublement puisqu’il faudra être bien riches pour bénéficier d’un répit ou bien misérables. Mais, ce qui est certain, c’est qu’il sera court.
Pourtant, cet ensemble de textes qui nous propose de réfléchir à la mort prochaine de l’humanité, rassure après tout : l’imagination, elle, est toujours bien vivante et, comme le rappelle Yann Quero, l’espoir restait dans la boîte de Pandore.
C’est pourquoi la nouvelle de Jean-Marc Sire, Baignés par la lumière éblouissante des lendemains qui scintillent, grâce à ‒ ou en dépit ‒ d’un humour propre à alléger le propos me paraît la plus percutante d’entre toutes. Aucun espoir ici : la bêtise et la cupidité n’en laissent aucun.
Il le fallait, je crois, pour être réellement entendu.

Éditions Arkuiris
223 pages – 18 €
ISBN : 978-2-919090-03-7

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