« Le Roi d’ébène » de Christine Cardot

roi ebeneC’est d’une oreille distraite que Kaïrale écoute les rumeurs colportées par N’Mô, son cuisinier, mais comment l’encourager lorsqu’il rapporte certaines sottises comme le fait qu’El Phâ, le roi lui-même, l’aurait choisie pour être son second Regard Clair ? En effet, la loyauté que la jeune Sentinelle voue au souverain d’Arrassanie, n’en fait ni un soldat, ni une sotte et certainement pas, estime-t-elle, un conseiller privilégié.
Seulement, le petit homme a raison cette fois. Et quand El Phâ fait irruption chez elle pour donner ses ordres puis s’en aller tout aussi brusquement, ce n’est certainement pas pour l’entendre protester.
En tout cas, tous les talents de visionnaire de la jeune femme, tellement appréciés depuis le jour où le conseil de son village l’avait désignée pour devenir Guetteur, n’auraient su la préparer à cela. Et ce n’est pas la présence de Gel Ram, Regard Clair royal, venu aussitôt la chercher pour la conduire au palais, qui risque d’éclairer ses interrogations. Voilà un homme antipathique d’emblée.
Quant aux amis, peut-on être sûr qu’ils ne prendront pas de la distance devant une promotion aussi… royale qu’inattendue.
Toutefois Kaïrale n’aura pas le temps d’étudier les mouvements de la cour qu’elle devra déjà accompagner Gel Ram en mission diplomatique dans le territoire des Mains Rouges. À peine le temps d’un passage à l’auberge de son ami, Sahat, Tambour royal mais malheureusement muet, qu’elle embarquera. Par chance, c’est un autre ami, Dêemet, qui voyage avec eux comme officier de sécurité, et on peut toujours compter sur lui.
Mais si la jeune femme a toujours eu recours à son exceptionnel don de vision pour assurer son rôle protecteur de Sentinelle, comment analyser celles qui lui viennent à présent ? Des mises en garde, certainement. Contre Gel Ram ? Il n’est certainement guère facile à celui-ci de gérer quelqu’un d’aussi imprévu, pas plus que ça ne l’était pour ses camarades qui l’avaient surnommée le ratel, petit animal hargneux ne lâchant jamais prise.
Pourtant, il leur faudra bien parvenir à un modus vivendi qui leur permette de mener à terme une mission où la jeune femme pourrait bien risquer sa vie, ou peut-être pire, car Regards Clairs ou Sentinelles ne sont jamais que des pièces sur un échiquier à la taille d’un royaume.
On pourrait presque parler d’un conte africain s’il n’y affleurait le parfum fascinant d’une Égypte qui ne serait pas tout à fait la vraie mais, comme elle, appartiendrait moins à sa géographie qu’à son histoire.
Je ne vous dirai rien de plus, et c’est déjà bien trop, pour vous laisser le plaisir de découvrir ce roman qui m’a beaucoup plu, tant par l’histoire elle-même que par les lieux et temps où l’auteur la situe.
Avec, en prime, une illustration de couverture de Vincent Dutrait, si réussie que je serais étonnée que vous n’ayez pas déjà été tentés.

Éditions Mnémos – Icares
232 pages – 18€
ISBN : 978-2-35408-089-1

Edit au 17 novembre 2010 : Christine Cardot est interviewée par Hélène M.

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