« Le Sauveur de l’humanité (c’est toi !) » de Terry Pratchett

Encore un chouette jeu récupéré par Bloblotte : Le Sauveur de l’humanité. Pas moins. En fait, tu es le dernier, le seul à pouvoir protéger la Terre de l’invasion des monstrueux ScreeWees.
Et cela sera encore plus chouette quand Johnny aura gagné le Parchemin de Bravoure et atteint le niveau dix. D’autant qu’un des merveilleux avantages de jouer sur ordinateur est qu’il suffit de monter le son pour ne plus entendre crier ses parents. Et puis, comme les rares émissions télé amusantes sont bouffées par les infos sur la guerre…
Johnny est déjà mort six fois mais, pas grave, il lui reste tout le temps voulu sauf que… sauf que, même en lisant jusqu’aux petites lignes du mode d’emploi, consciencieusement photocopié par Bloblotte, pas un mot sur le message qui vient de paraître sur l’écran : « Nous voulons parlementer ». Et que c’est difficile de continuer à tirer sur un ennemi qui se rend et se refuse à riposter, même s’il ressemble plus à un crocodile qu’à autre chose.
De quoi envahir tout votre temps et jusqu’à vos rêves.
Dans un cas pareil, il n’y a plus qu’à se tourner vers ses potes, Bloblotte, Bigmac, Pas-d’man mais, bon, qu’on soit perturbé par le divorce de ses parents, même si c’est plausible, n’explique pas cette reddition, ni que les aliens veuillent rentrer chez eux, ni que l’écran du jeu reste désormais tout noir, comme le vide de l’espace qu’il est justement censé représenter puisque, désormais, ces aliens sont derrière lui. Qu’il a accepté de leur donner un sauf conduit et les guide à présent vers la frontière de l’espace.
À vrai dire, il y a bien des débris dans ce vide, ce qui reste des vaisseaux de jeux plus anciens. Et un autre joueur ?
Du jeu au rêve, du rêve aux hallucinations, il n’y a qu’un pas, surtout quand on a une bonne fièvre. Ce qui permet déjà d’avoir une conversation sérieuse avec la capitaine des ScreeWees, puis d’avoir ses potes autour de soi – dans  le jeu ou dans sa tête ? Peu importe –. Enfin de réussir à y communiquer avec un autre joueur qui s’avérera, miracle, une fille super-douée croisée par hasard dans une boutique de jeux informatiques où elle avait obtenu, miracle là encore, de se faire remplacer ce même jeu.
S’il la retrouve, elle pourra donc l’aider ? Parce que sauver l’humanité tout seul, et une humanité autre, ce n’est pas simple, surtout lorsqu’elle est aussi sexiste que la vôtre et qu’un officier mâle prépare une mutinerie contre la capitaine de sa flotte. Parce que, voyez-vous, à l’intérieur d’un jeu vidéo, les aliens, lorsqu’ils meurent, n’ont pas la possibilité de refaire une partie. Ils ne reviennent pas, eux. Tout simplement parce qu’ils sont morts.
Dans ses livres pour la jeunesse comme dans tout le reste de son œuvre, Terry Pratchett, n’élude jamais les grandes questions, celles qui touchent à l’humanité justement et donc, entre autres, aux responsabilités individuelles et à la mort. On pourrait même dire qu’il y conduit en douceur et, à le lire, on se prend à penser qu’en effet l’humanité vaut la peine d’être sauvée. Tout ça dans la vie ordinaire d’un quartier un peu miteux, de gamins moitié désœuvrés, moitié déboussolés et sur fond de guerres qui paraissent lointaines, mais barrent déjà l’avenir.
Mais réfléchir avec Pratchett, c’est toujours regarder l’avenir sous un angle meilleur. C’est pouvoir se dire, avec Sam Gamgie : « Il y a du bon en ce monde, monsieur Frodon, et il faut se battre pour cela ».
À recommander aux jeunes lecteurs, et aux moins jeunes, cela va de soi.

Éditions L’Atalante
157 pages – 12,50€
ISBN:978-2-84172-798-8

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