« Le Voyage de l’Ombrelune – Les Chroniques de Verral I » de Sean McMullen

ombreluneDe cet auteur australien, j’avais apprécié, et L’Empire du centurion (J’Ai Lu Millénaire, 2003), roman de SF trans-historique plein de souffle, et Les Âmes dans la Grande Machine, chez A&D (en deux volumes, 2004), postapo inventif, avec trains à pédales et salles emplies de calculateurs humains « en réseau » en guise d’ordinateurs.
Le Voyage de l’Ombrelune met en scène une arme magique, un haubert nommé « Mort-d’Argent », arme à côté de laquelle la bombe H n’est qu’un feu de cendrier (on assiste dès le début du roman à la destruction d’un continent entier par des « cercles de feu » de plus en plus larges, se produisant à intervalles de plus en plus rapprochés). Évidemment, cette arme absolue, tout le monde veut la récupérer, nobliaux, potentats ou empereurs… mais je ne dirai rien de plus du déroulement du récit – déjà assez tendance à spoiler comme ça.
Alors, des trouvailles à tout bout de champ. Comme ce bateau à sabordage / dé-sabordage intégré (pour quoi faire ? eh eh…) – l’Ombrelune du titre. Ou ce scaphandre artisanal servant à explorer les villes ravagées par le feu magique (entre autres pour récupérer les flaques solidifiées d’or et d’argent là où les gens réduits en cendres ont laissé choir leur bourse)… Ou encore l’utilisation généralisée des « autons », sortes de logiciels magiques que l’on peut coupler à des sortilèges de surveillance ou de protection, par exemple, ou bien transférer dans un corps privé de son âme. Sans oublier cette étonnante technique de danse du ventre qui peut aussi être utilisée comme une arme…
Beaucoup de personnages, ma foi plutôt bien brossés, et dont l’accumulation est à mon sens impeccablement gérée. Ma préférence va au vampire. D’ordinaire, les histoires de vampire me gonflent plus que tout, mais, là, c’est le personnage le plus réussi, un ado boutonneux de quatorze ans en apparence et de sept cents en réalité, lequel n’a jamais connu de femme (au sens biblique), et, débarquant dans une ville, se renseigne aussitôt sur qui est un salopard, qui bat son épouse, etc., afin de se nourrir en buvant du sang, certes, il y est bien obligé, mais dans un esprit de salubrité publique (ce vampire ado se voit du reste comme quelqu’un de très chevaleresque). J’aime assez, aussi, l’eunuque déseunuqué (si je puis dire) par Mort-d’Argent – qui ne se contente pas en effet de détruire, c’est un peu plus compliqué que cela.
Un univers très construit, et, au fond, un état d’esprit proche de la SF, même si c’est de la pure fantasy. Les phénomènes magiques sont abordés de manière « rationnelle » ; entre autres, il y a des protocoles bien précis à observer si l’on veut qu’un sort fonctionne. Et les sciences sont fréquemment mises à contribution : ainsi, la destruction de la Torée, le continent disparu évoqué plus haut, a des conséquences climatiques tout à fait crédibles, sur l’ensemble de la planète. L’un des points forts qui sous-tendent le récit est d’ailleurs l’éloge de la curiosité et de la connaissance scientifique (un des personnages, par exemple, fera de manière explicite l’apologie des mathématiques, ce qui est assez rare je crois dans un roman relevant de ce genre). Éloge qui a son inévitable pendant : la connaissance peut mener aussi à des choses terribles, guerre atomique et hiver nucléaire sur notre monde… ou Mort-d’Argent sur Verral.
Pour faire bref, ce roman présente, outre de superbes ciels – Verral étant une des lunes d’une géante gazeuse émeraude ceinte d’un anneau –, un fond loin d’être nigaud, des péripéties et des rebondissements en veux-tu en voilà, une narration pas momolle pour un sou, et une écriture qui m’a souvent rappelé la faconde gourmande d’un Jack Vance. De surcroît, et quoique un second volume ait paru (Dragons de verre, même collection, 2008 – j’avoue me réjouir par avance de le lire), on peut aborder ce premier opus comme un tout – comme un one-shot, pour parler en chroniqueur à la page.
Enfin, cerise sur le gâteau, c’est traduit par Henri-Luc Planchat (anthologiste inspiré dans les années 70 – et traducteur talentueux de Dick, Delany ou Le Guin).
En tout cas, je crois qu’on l’aura compris : de la fantasy selon mon cœur.

Éditions J’Ai Lu
Grand format 574 pages – 24 €
ISBN : 978-2-290-00579-8

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