"L’Empire invisible" de Jérôme Noirez

L’Empire invisible est un tout petit roman fort bien écrit publié sous l’étiquette « fantastique ». Alors, disons-le tout de suite, il n’a rien, mais vraiment rien de fantastique. Pourtant, je ne saurais trop vous engager à le lire car il s’agit d’un vibrant plaidoyer contre le racisme et l’esclavage, ces deux ignobles « gros mots ». De grands maux qui n’existent plus dans les lois mais continuent bel et bien sous diverses formes à travers le monde et ne sont que l’odieuse illustration de deux vices terriblement humains : la cupidité et la bêtise. L’« empire invisible » n’est rien d’autre qu’un des noms du Ku Klux Klan qui survit encore aujourd’hui.
L’histoire elle-même est toute de simplicité. En Caroline du Sud, il y a à peine plus d’un siècle. Clara, petite esclave noire appartient aux Wingard et travaille dans les champs de coton. Une vie faite de tant de travail et d’humiliations qu’elle n’abrite même plus d’espace pour les rêves. Mais l’amour d’un père peut changer beaucoup. Et puis Nat Walker est un père exceptionnel. Il chérit non seulement sa fille mais il est soutenu par une foi inconditionnelle qui lui a permis de ne pas sombrer lorsque son épouse a été vendue et de continuer à assister moralement tous les autres esclaves de la propriété. Par ailleurs, c’est un travailleur endurant et patient. Ainsi, non seulement est-il le cœur de ses compagnons de misère tout en étant apprécié par ses maîtres. Des maîtres qui ne sont pas « mauvais » en soi sauf qu’ils sont le reflet de leur milieu. Un milieu où on ne considère les noirs ni plus ni moins que des machines qui doivent travailler à plein rendement. C’est ainsi que l’on établit les grandes fortunes.
Seulement, voilà, des esclaves se sont révoltés dans une propriété voisine, celle des Riley, et, avec la bénédiction de Charles Wingard, son contremaître, accompagné de deux domestiques et du fils de la maison, s’y rend en expédition punitive. Ils sont ivres. Sans doute faut-il être totalement ivre pour exercer de telles fonctions. C’est pourquoi, lorsqu’ils tomberont sur Nat Walker qui a pris la même direction, ils ne lui laisseront aucune chance. Edwin Wingard, lui, ne se contentera pas de le rouer de coups.
Ce sera plus que n’en peut supporter la jeune Clara. Même si sa conscience la tourmente, comment ne prêterait-elle pas alors l’oreille à Aaron, un vieil esclave marron qui a survécu à une pendaison et, devenu totalement dément, se voit comme le bras armé de la vengeance divine ?
Bref un texte très court, très beau et très fort.

— Hélène

Éditions J’Ai lu
219 pages – 5,60 €
ISBN : 978-2-290-01636-7

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