"L’Épreuve – Le Prix de la magie I" de Kathleen Duey

C’est dans le cadre de sa nouvelle collection Jeunesse, Castelmore, que les éditions Bragelonne publient L’Épreuve, premier tome de la trilogie Le Prix de la magie de Kathleen Duey.
Les trilogies sont devenues la forme quasi-traditionnelle des romans de fantasy et, partant, les premiers tomes ne sont jamais consacrés qu’à la présentation des personnages et, de plus en plus souvent, sous forme de récits alternés. C’est un peu dommage.
Pour autant, l’auteur sait donner une certaine densité à ses héros, Sadima et Hahp.
Sadima dont l’enfance à la ferme a été un peu triste auprès de son père veuf et d’un grand frère protecteur.
Hahp, second fils d’un riche commerçant qui ne l’aime guère et entend bien le voir entrer à l’Académie de la magie. Le voir entrer ou ne l’en jamais voir ressortir peut-être. Car la vie est plus que difficile pour les jeunes apprentis-magiciens qui devront apparemment réussir ou mourir, sous la conduite de maîtres plus ou moins indifférents.
Mais qui sont exactement ces maîtres ?
N’est-ce pas l’un d’entre eux qu’aurait rencontré Sadima alors qu’elle assistait la mise-bas d’une très vieille chèvre de son troupeau et qui, surpris de l’empathie de la fillette envers ses bêtes, lui aurait suggéré de se joindre à son travail et à celui de son propre maître en lui assurant que la magie œuvrait au mieux-être de l’humanité.
Ce conseil restera pourtant lettre morte des années durant, les magiciens étant un sujet de haine pour sa famille. Cette engeance n’a-t-elle pas été responsable de la mort en couches de la mère de Sadima ? Pour n’avoir pas connu sa mère, celle-ci n’en souffrira pas moins au travers du chagrin de son père et de son aîné. Ce n’est pas toujours une consolation suffisante qu’un don pour peindre.
Toutefois le décès de son père puis le mariage de son frère pousseront finalement la jeune fille vers la ville. Elle y sera accueillie avec chaleur par Franklin, le jeune homme qu’elle avait rencontré, mais comme un utilitaire par Somiss.
Curieusement, les maîtres d’Hahp se nomment également Somiss et Franklin. Y a-t-il une distorsion du temps et tous deux, qui cherchaient la magie, l’ont-ils trouvée dans le passé ?
Sadima y aura-t-elle joué un rôle ? Car elle paraît fort décidée à éloigner Franklin de l’emprise aimante mais surtout tyrannique de Somiss.
Mais peut-être faut-il bien des souffrances pour devenir mage comme l’a découvert le jeune Hahp ? Il lui semble bien, en effet, que toute solidarité est découragée entre ses camarades et, qu’au contraire, l’égoïsme soit leur seule chance de survie. Un seul devrait-il réussir après avoir éliminé tous les autres ? Il y a là des pages pleines de cruauté, un peu exagérée sans doute, les adolescents ne présentant pas souvent la même résistance au jeûne que les adultes, mais il n’est pas de grandes victoires sans grandes épreuves.
Il y a là une réelle réflexion sur le pouvoir et la manipulation, comme sur les stratégies de résistance qu’ils engendrent. En parallèle, la présence dans les deux récits de Franklin et Somiss, ce qui leur donne un tour décalé, sait piquer la curiosité du lecteur et lui donner l’envie de lire le tome suivant en espérant, naturellement, qu’il soit à la hauteur de cette curiosité.

Hélène

Éditions Castelmore
349 pages – 15€
ISBN : 978-2-36231-002-7

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