« Les Chambres inquiètes » de Lisa Tuttle

chambresQuatorze nouvelles réunies et présentées par Nathalie Serval qui en a assuré la traduction. Quatorze portes ouvertes sur l’angoisse ou même le cauchemar.
En se réfugiant quelques jours chez sa tante à la suite d’une infidélité de son mari, Ellen ne pensait pas la découvrir tellement vieillie, à peine moins décrépite que sa maison pleine de vermine. Presque Un Nid d’insectes en somme.
C’est Sans regret que Miranda Ackerman a accepté l’invitation de l’université de Burnham. Ne s’en était-elle pas enfuie pour éviter de s’engager dans une vie de routine avec Richard ? Mais elle a désormais réussi dans la voie qu’elle s’était choisie sauf qu’elle ne s’attendait pas à la résidence d’hôte qu’on lui a attribuée. Exprès peut-être ? Une lecture qui ne laisse pas indifférente.
En Pièces détachées, parce ce qu’apparemment un homme qui vous quitte vous laisse toujours quelque chose et que c’est sans doute la seule façon d’en retenir un.
La Tombe de Jamie, c’est celle qu’il s’est décidée à creuser dans le jardin. Les enfants ont de drôles d’idées parfois et Mary n’est pas certaine d’apprécier cette idée fixe de son petit garçon dont elle aurait tant aimé qu’il reste son bébé chéri.
Le Lézard du désir, c’est celui que s’approprient les enfants et qui leur permet d’appartenir au monde des mâles, pas celui où se laissent habituellement entraîner les bibliothécaires raisonnables de Londres sauf quand elles s’ennuient au point de se laisser fasciner.
Vol pour Byzance. Une Byzance qui est au Texas. De quoi faire sourire et, surtout réfléchir. Sauf que, même si elle n’a plus trop d’inspiration, Sheila Stoller devenue maintenant une écrivaine connue avec son seul Clair de lune sous la montagne, s’en voudrait de ne pas y revenir et décevoir ses fans. Pourtant ce sont parfois les fans qui déçoivent, et la ville où l’on ne comptait plus jamais revenir. À moins que l’inspiration n’y puise ses sources ?
L’Autre chambre se trouve dans la maison de son grand-père. Charles Logue s’en souvient parfaitement puisqu’il était avec lui la première fois qu’il y est entré. Oui mais… il n’a jamais connu son grand-père et sa famille lui a prouvé que, non, il n’y avait là aucune pièce secrète. Mais voir sa fille mourante peut vous pousser à une recherche impossible.
Ce sont les Oiseaux de lune qui ont certainement détourné d’elle Jim, son mari, et non cette agitée qui assure être sa maîtresse. Et d’ailleurs, ce sont aussi les oiseaux de lune qui sont en train de lui voler sa fille. Amalie le sait d’autant plus qu’elle les a vus mais elle les en empêchera, même s’il faut les suivre.
Difficile les divorces quand il faut partager ce qui est Propriété commune, bien plus difficile qu’on ne le pense. Le genre d’humour noir que j’apprécie tout à fait,
Une Amie en détresse qui en croise une autre entre deux avions. Juste le temps d’échanger des souvenirs d’une enfance ensemble ou peut-être pas et de retrouver le sourire ou peut-être pas. J’aime bien à vrai dire.
L’Autre mère se tient de l’autre côté du lac. Existe-t-elle vraiment ou n’est-ce qu’un fantôme ? De ces créatures issues de lointaines légendes qu’aucune des toiles de Sara n’arrive jamais vraiment à rendre comme elle le souhaiterait. Une histoire qui, partant, aurait du me toucher mais m’a laissée à peine moins indifférente que la suivante.
Un petit jeu sur l’ambiguïté entre possession et/ou folie d’une adolescente impressionnable de la campagne ayant vu Les Mains de Mr Elphinstone au cours d’une séance de spiritisme.
Il y a dans La Plaie comme un lointain écho du Lézard du désir mais le traitement en est tout autre et porte davantage. Olin est resté seul après deux enfants et dix ans de mariage avec celle qu’il aimait, Dove, et qu’il revoie régulièrement. Une époque dont il garde toujours la nostalgie. Mais la rencontre avec un plus jeune de ses collègues va remettre en cause toutes ses conceptions. Une intéressante réflexion sur ce qui est considéré comme des acquis.
En dépit de son état de saleté et de travaux plus lourds que prévus, grâce à l’héritage de leur mère, Pam a découvert à la campagne la maison parfaite dont elle et sa sœur, Sylvia, avaient rêvée. Un petit clin d’œil explicite aux sœurs Brontë, seulement les rêves de solitude à la campagne ne sont que des rêves quand ce ne sont pas des cauchemars. Pas du tout Le Nid espéré, finalement.
Quatorze textes donc qui jouent sur le fantastique et l’angoisse, notamment celle de rester coincé à jamais dans un de ces moments de sa vie qui, comme des Chambres inquiètes, n’offrent aucune issue. Tous ne se valent pas mais l’écriture, rendue par une traduction élégante et fluide, en est irréprochable. Donc une lecture sans déplaisir même lorsque se blottir délicieusement dans le noir en écoutant les portes grincer n’est vraiment pas son genre de prédilection.

Dystopia
Illustration de couverture : Stéphane Perger
359 pages – 15 €
ISBN : 979-10-91146-09-8

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