« Les Rejetons de l’ombre » d’Orson Scott Card

rejetons ombreDans une poursuite parallèle de La Stratégie d’Ender, l’auteur s’attache cette fois au personnage de Julian Delphiki, « Bean », guerrier géant et exceptionnel stratège, porteur de la « clef d’Anton ». Du moins à l’éthique élevée de celui-ci puisqu’il vit alors les tout derniers temps de sa courte vie dans la pénible condition que lui impose sa taille qui continue à croître. Allongé donc, sans pratiquement pouvoir bouger faute de place dans le vaisseau spatial Hérodote.
Mais c’est là son choix. Se séparer de sa compagne Petra et emmener leurs trois enfants dans l’espace en espérant que la relativité permettrait de trouver sur Terre un remède à la clef d’Anton dont ils sont également affligés. Affliction ambiguë puisque, si leurs vies en sont raccourcies, leur intelligence croit aussi rapidement que leur taille.
Ainsi, à peine âgés de six ans, font-ils déjà pièce aux plus grands spécialistes. Le jeune Andrew « Ender » cherche fièvreusement une solution à cette modification génétique, pour eux-mêmes et pour Bean, pendant que Carlotta s’attache à la mécanique et aux sciences du vivant, à tout ce qui permet le fonctionnement du vaisseau. Cincinnatus, « Sergent », lui, se passionne pour la stratégie et joue à ses propres jeux de guerre.
Mais voilà qu’il envisage le meurtre du géant en cherchant à y associer sa sœur.
Difficile, à un tel niveau d’intelligence, de se rendre compte qu’on est encore des enfants. Difficile aussi pour Bean de le réaliser et de prendre conscience de tout ce qu’il leur est encore indispensable d’apprendre, ne serait-ce que pour leur survie, avant qu’il ne meure.
À ce point du roman, même en considérant qu’il s’agit essentiellement d’une quête initiatique, il faut malgré tout consentir à une forte suspension d’incrédulité pour admettre que ce huis-clos de cinq ans, surtout entre génies, n’ait pas déjà débouché totalement sur la folie, sans parler de la maîtrise de l’Hérodote.
Mais sans doute est-ce cette crise qui va leur permettre de mûrir suffisamment en tout cas pour se préparer à affronter le vaisseau inconnu qui se trouve sur leur trajectoire. Et si c’étaient des doryphores, l’ennemi qui a failli détruire la Terre avant d’être exterminé ?
C’est ce qu’ils vont devoir découvrir, en même temps que le lecteur, dans cet ouvrage qui met apparemment le point final à la longue saga du Cycle d’Ender qui valut à son auteur les prix Hugo et Nébula deux années successives, en 1986 et 1987.
Cela se laisse lire sans déplaisir malgré tout, sans être aussi brillant qu’on pouvait l’espérer.

Éditions L’Atalante 
203 pages – 12,50 € 
ISBN : 978-2-84172-628-8

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