« Les Rois des sables » de George R.R. Martin

roisdesseablesUn recueil de nouvelles parce qu’il serait dommage de croire l’auteur limité à la longue saga du Trône de fer. Des textes qui ne sont pas moins sombres et cruels cependant, mais révèlent une facette assez différente de ce que l’on pouvait attendre. Peut-être parce que la science-fiction y est davantage présente.
La première de ces nouvelles est aussi la plus aboutie de celles retenues. Par la Croix et le dragon, s’attache au cheminement intérieur de Damien Har Véris, chevalier de l’inquisition, envoyé en mission par le Maître Commandeur sur la planète Arion. Que celle-ci soit exclusivement peuplée d’humains et que le Grand Maître ne le soit point, n’est pas un hasard. L’hérésie qu’il faut poursuivre et châtier est trop humaine sans doute. La puissante église catholique se trouve ici confrontée à un culte rendu à saint-Judas après un détournement original des textes fondateurs. Une analyse assez fine et assurément très impie de la foi et de la religion qui a obtenu de façon très méritée les prix Hugo et Locus de la meilleure nouvelle courte.
Elle l’emporte, il me semble, très largement sur la nouvelle éponyme, la dernière, également primée, qui relève davantage du domaine de l’horreur. Toute originale qu’elle soit, elle n’est pas la première à évoquer la tentation de se prendre pour la divinité. Simon Kress, original richissime autant qu’égocentrique, s’entoure des animaux les plus exotiques et les plus chers qu’il puisse trouver. Non par goût, puisqu’il s’agit uniquement d’épater la galerie, quitte à sacrifier le lendemain ce qui l’a ébloui la veille. Mais découvrir une espèce miniature venue d’ailleurs, intelligente et disposée à l’adorer comme un dieu, voilà qui vous pose un collectionneur, n’était le prix qu’il faudra le payer. Une montée dans l’horreur qui s’accommode mal d’une chute somme toute très prévisible.
Âprevères porte la mélancolie des rêves de l’Avalon que Shawn, égarée dans la neige après avoir perdu son compagnon et mentor, découvrira au milieu de ruines. La fée Morgane l’y sauvera des vampires et lui fera découvrir les merveilles de l’univers avant que la jeune fille ne s’enfuie. Un passage initiatique qui changera sa vie.
Dans la Maison du ver fait également partie de ce type de quête. Mais celle d’un jeune homme bien-né et brillant quoique plutôt écervelé, cette fois. Rien d’étonnant donc à ce que, piqué dans son amour-propre par les saillies du répugnant Viandard, le chasseur de grouns, lors de la Mascarade, il décide de s’en venger. Ainsi va-t-il s’engager dans les innombrables tunnels souterrains du royaume du Verhomme, monde déliquescent à peine éclairé par un soleil mourant et régi par un souverain que les prêtres-chirurgiens amènent peu à peu à l’état de leur dieu, celui de ver.
La Cité de pierre existait depuis longtemps avant d’être découverte et que les Ul-nayileith ne construisent un astroport. Celui-ci demeure mais eux sont partis et eux non plus ne savaient rien des Bâtisseurs. Un monde-étape, le Gris-Repos, peuplé de non-humains et d’une bureaucratie toute « vulpinienne », où Holt attend en vain l’arrivée d’un navire humain pour repartir. Ses compagnons s’en sont allés les uns après les autres et les deux derniers, saoulés de ce léthé si bien nommé, ont renoncé. C’est donc lui aussi vers l’exploration des souterrains de la Cité que Holt se tournera. D’incessants retours sur le passé rendent sans doute cette nouvelle un peu confuse mais c’est assurément celle que j’ai préférée.
Vifs-amis n’est pas moins désenchantée et reste également dans des tons de gris. Même si Robi et lui chassent des sombres et s’il se console dans les bras d’un ange créé par des bio-ingénieurs, c’est Melissa que Brand souhaiterait retrouver. Melissa celle qu’il aime et qui, elle, est devenue une vive-amie. Par choix, mais un choix dangereux.
Quant à La Dame des étoiles, qu’en dire ? Que deux voyageurs, une jeune fille et le joli garçon qui l’accompagnait, soient agressés par des voyous et ramassés par un proxénète, cela relève plutôt du fait divers sordide que de la science-fiction. Même si les victimes venaient d’une autre planète. Même si elles s’étaient fourvoyées dans les bas-quartiers lors d’une escale de leur vaisseau. Tout est dit dès le début : « Il n’y a aucun héros dans cette histoire », mais c’est aussi à peine s’il y a une histoire, sans parler d’une chute. Très dispensable donc.

Éditions J’Ai lu
287 pages – 6,90 €
ISBN : 978-2-29006-989-9

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