« Les Seigneurs des tempêtes II – La Guerre des vœux » de Kai Meyer

seigneur des tempêtes 2Alors qu’un merveilleux cheval d’ivoire animé par magie galope dans le ciel de Bagdad à la recherche d’un Ifrit ami, tombé aux mains d’un chasseur, Tarik se réveille mal en point dans une cave, caché par son sauveteur. Un sauveteur ? Voire. Plutôt un adversaire, que le jeune homme agresse avant de s’enfuir et sans la moindre réflexion.
Plus sage, il eut apprécié d’être en vie, simplement jeté dans la rue par les gardes du calife Haroun-el-Rachid plutôt que décapité comme il se doit. Élaboré un plan, peut-être aussi.
Qu’il y ait urgence à s’emparer d’un tapis volant, quand on fait profession d’être à la fois cambrioleur et conducteur de tapis, cela peut s’envisager. Comme la meilleure solution pour secourir la séduisante et mystérieuse Sabatea, mais aussi Junis, son propre frère, avec lequel ils ont eu un différent ? Peut-être.
Néanmoins, s’il cherche à retourner au palais, c’est sans savoir vraiment ce qu’il en est de la jeune femme. Pour lui, tout s’est arrêté dans le noir et la douleur après avoir été contraint d’ôter le bandeau qui lui couvre désormais l’œil gauche. Cet œil qui le brûle et lui impose sa vision différente du monde, car il est attaché à la malédiction d’Amaryllis. Douloureux héritage du Fou aux cicatrices, le prince djinn qu’il a tué.
Une vision répondant à cette guerre mortelle que mènent les djinns aux humains et dans laquelle toutes les cités tombent les unes après le autres. Et ils viennent.
Du sort de son frère, perdu quelque part dans le désert, il sait moins encore.
Il se sent le devoir de les sauver, voilà tout. Parce qu’après avoir perdu Myriam, l’amour de sa vie, tombée dans cette guerre, il se sent d’autant plus responsable de Sabatea, même s’il ignore exactement les buts et les motivations de sa compagne de voyage. Quant à son jeune frère… Eh bien, n’est-ce pas pour le protéger qu’il l’avait accompagné après s’être pourtant promis de ne plus quitter Samarkand ?
Mais pendant que le tapis de Tarik-al-Jamal louvoie entre ceux des gardes au-dessus du palais, nous, lecteurs, apprendrons ce qu’il en est exactement de Sabatea, et de la bouche même d’Haroun-el-Rachid. Elle, la goûteuse de Kahraman, émir de Samarkand, son père, n’est rien d’autre qu’un « cadeau » destiné à empoisonner le calife. Mais si celui-ci est bienveillant, qu’en est-il de Khalis, son conseiller et magicien ?
Et de ce fameux Troisième vœu que les Ifrits ne peuvent plus exaucer et ce pour quoi ils sont chassés ?
Junis, de son côté, s’est vu délivré des djinns par l’intervention des seigneurs des tempêtes. Mais s’il rêve, comme tous ses semblables, de devenir l’un d’entre eux, les chances sont minces, même si leur chef, Myriam, éprouve encore quelque attachement pour lui. Si différente de la gracieuse aimée de son frère, dont il était secrètement amoureux. Une guerrière désormais, qui n’écoute guère d’autres avis que ceux d’un curieux enfant magicien qui l’accompagne.
Que dire d’un tel roman ? Cet accommodement épicé à la sauce Mille et une nuits, avec des héros qui n’en sont pas vraiment, des djinns et des chevaux volants mécano-magiques, change la donne de la fantasy traditionnelle. Ce dépaysement, tout oriental, en fait une lecture qui n’est pas désagréable. Pour autant, aucun des personnages, pourtant relativement nombreux et peu avares de leurs états d’âme, n’inspire vraiment d’empathie et c’est dommage. Reste une impression d’être passé à côté quand un rien aurait suffi à tout changer.

Éditions L’Atalante
Traduit par Didier Debord
362 pages – 21€
ISBN : 978-2-84172-684-4

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