"Les Sombres romantiques"

C’est, pour changer un peu, une anthologie dont le fil ne répond pas à un thème particulier mais à une série de toiles tout à fait réussies de Mathieu Coudray qui a également assuré la couverture.
Et, de fait, elles ont inspiré autant de nouvelles sombres et fort romantiques à l’exception de celle de Philippe Halvick, Tête de mort, qui fait l’ouverture et si elle est également sombre, même cruelle, n’est assurément pas romantique mais bien pleine d’un humour très noir et jubilatoire assez caractéristique de l’auteur.
Jess Kaan nous offre ensuite un texte très court, Objet de mon amour, sur l’apprentissage du deuil avec le temps dans son expression la plus métaphorique, celle d’un sablier. Comme quoi on trouve des choses bien étrange chez les antiquaires surtout lorsqu’ils connaissent réellement leur métier, celui de faire lien avec le passé.
Ad vitam æternam, texte très poétique de Céline Guillaume, nous conte l’histoire d’une jeune fille qui ne parvient pas à surmonter la perte de son fiancé et n’a plus d’autre but de promenade que le cimetière où il repose. Pourtant, la vie ne s’est pas arrêtée dans les maisons qui longent son chemin et peut-être y découvrira-t-elle une réponse à son angoisse.
Suivent deux nouvelles beaucoup plus longues. Corset de sang de Vanessa Terral et Le choix de Fausta de Cyril Carau.
La première évoque Jade de Rosemonthault, jeune fille vivant recluse dans un château entre une parenté beaucoup trop présente et des serviteurs beaucoup trop silencieux. Sa seule consolation est de rencontrer de petits êtres féériques dans sa chambre rouge, de ce rouge qui l’aide à oublier ce prénom aux consonances si vertes qu’elle n’aime pas. Du moins n’est-il pas plus détestable que ce surnom de fille-sève dont elle ne parvient pas à percer la signification.
Dans la seconde, l’héroïne, jeune pensionnaire dans le couvent dont elle s’apprête à sortir pour épouser l’homme choisi par ses parents, va également se découvrir, comprendre sa force et choisir, elle-même cette fois, son propre chemin à travers les épreuves épouvantables qui ne lui seront pas épargnées. Avec, en toile de fond une Venise un peu passée mais qui ne change jamais vraiment.
Enfin, le dernier tableau s’accorde au dernier conte, Araf de Jacques Fuentealba, auquel a été ma préférence. Il y a beaucoup de force dans cette vision toute particulière d’Orphée aux enfers avec très peu d’espoir de retrouver un paradis perdu..
Six nouvelles toutes très sombres pour accompagner des illustrations tout aussi sombres et fort élégantes. Bref un parti-pris tout à fait romantique parfaitement rendu par le titre de cette anthologie préfacée par Nathalie Dau. Une idée qui vaut assurément la peine d’être reprise.

–Hélène

Éditions du Riez
147 pages – 17,90 €
ISBN : 978-2-918719-01-4

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