"L’exilé de Ta-Shima – II" d’Adriana Lorusso

L’ambassadeur Extramondin Rasser a enfin obtenu de pouvoir « passer le pont », et même visiter Ta-Shima, sous escorte bien sûr. Sa pieuse première épouse, qui considère les Ta-Shimoda comme des barbares sans rédemption possible, refuse de l’accompagner. Sa malheureuse seconde épouse, toutefois, qui prend plaisir à bavarder dans leur langue avec les A-six de la maison, et qui a d’ailleurs eu le bon sens de leur demander comment il lui faudrait se vêtir, décide de venir avec lui. Quant à Arsel, la fille de l’ambassadeur, elle est convaincue qu’en le fréquentant davantage elle pourra séduire le shiro Oda Huang, qui leur servira de guide.
Mais c’est le jeune shiro Rinvar Johnson qui obéit non sans répugnance à l’invitation sexuelle explicite qu’il a perçue dans le comportement de la jeune fille « grosse comme un cheval, aux cheveux jaunasses », avec une cascade de conséquences pour la plupart imprévisibles,
Le climat de la planète comme son organisation sociale sont familiers aux lecteurs du premier tome. Il est donc logique que ce nouvel opus soit focalisé sur les « étrangers », les « barbares », et leurs relations avec ces « humains normaux » que sont les Ta-Shimoda. La critique de ces conventions irrationnelles mais fanatiques qui régissent les relations inter-personnelles, notamment sur le plan sexuel, ne manque ni de vigueur ni d’humour. On ne peut guère lui reprocher que d’être trop appuyée.
C’est d’ailleurs une remarque qui s’adresse à l’ensemble du roman, qui comporte trop de longueurs et de redites pour s’avérer aussi passionnant que son prédécesseur. Par ailleurs, certaines idées prometteuses tournent court sans qu’on sache pourquoi : au moins deux Extramondins découvrent la vérité sur les manipulations génétiques des Jestak. Il est surprenant que personne n’approfondisse les recherches de l’un d’entre eux, qui pourraient justifier une invasion, voire même une annihilation, de la planète.
On peut regretter aussi de ne pas du tout voir Rinvar sur Neudachren. Enfin la conclusion, pas du tout préparée pour le lecteur, semble artificielle et parachutée.
En revanche, après les révélations contenues dans la dernière partie de Ta-Shima quant aux relations entre shiro et A-six, il est très intéressant de voir comment l’auteure les pousse à leur limite, pour tester les conséquences de cette soumission sans question possible à une injonction inconsciente. Il est d’ailleurs fascinant de voir comment les seuls personnages qui testent véritablement ces limites sont des Ta-Shimoda hors normes, du fait de leur histoire personnelle (Suvaïdar, élevée par des A-six bien au-delà de la norme habituelle) ou familiale (Tarr).

Mureliane

Éditions Bragelonne

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