« L’Instinct du troll » de Jean-Claude Dunyach

instinct du TrollOn ne peut pas dire que le troll soit un personnage spontanément sympathique par nature. Oui, mais, quand il se mêle d’appeler notre attention sur les rouages de l’administration – ou d’une « grosse boîte », ce qui revient au même – difficile de ne pas partager ses humeurs.
Et, à vrai dire, c’est d’autant plus plaisant que l’auteur nous embarque avec une truculence toute rabelaisienne dans ces quatre nouvelles, à la fois reliées et indépendantes. Celles où nous suivons en parallèle les mésaventures d’un stagiaire, Cédric, et les stratégies d’enseignement, et d’évitement, de son mentor.
Car, sachez-le bien, vous aurez là une formation en accéléré que vous soyez stagiaire ou déjà en poste.
Respectons les Procédures. Voilà bien le premier principe, entre autres si l’on veut obtenir le remboursement de ses frais de déplacement.
Avec la Taille a son importance, c’est toujours flanqué de son stagiaire que notre troll va devoir remettre des armes à niveau pour permettre qu’un affrontement entre chevaliers et ennemis se déroule conformément aux usages. Il serait en effet lamentable que, pour un détail, des guerriers ne puissent « résoudre le problème en s’entretuant comme des gens civilisés ». Sheldon, le copain de Cédric, est heureusement suffisamment accro aux jeux vidéos pour y remédier avec un peu d’aide. Où l’on apprendra comment l’amour peut sauver le monde via les jeux sur tablette et qu’il n’est pires exploiteurs que ceux qui sont exploités mais, ça, on s’en doutait déjà.
L’Instinct du troll est là pour le confirmer, les ennuis, on les sent venir de loin. Toute la philosophie du monde – en l’occurrence : « Je ne me bats pas contre le système, je me contente de l’ignorer en espérant qu’il en fera autant » – ne saurait vous mettre à l’abri.
Et comme, bien dans la tradition, les histoires d’amour se doivent d’être compliquées et finir par un mariage, comment ne pas aider le malheureux Sheldon face à un beau-père tout sauf conciliant ? En trouvant une idée, bien sûr. Le service des Archives est là pour ça. Une revisitation du mythe d’Excalibur plutôt, même très, particulière.
Enfin, les bienfaits étant toujours récompensés, du moins dans les contes, ce ne sera pas seulement au mariage de Sheldon que nous serons invités dans Ou se taise à jamais, mais à des retrouvailles assez spectaculaires.
Une lecture-plaisir, donc, où l’auteur nous fait partager son propre plaisir d’écrire en pointant du doigt, à la manière d’un moderne Gargantua, nombre de travers du système, tels que les directions des ressources humaines ou la recherche démentielle du profit, mais pas seulement.
Juste retour des choses, trop souvent condamnés à servir de faire-valoir en fantasy, les trolls trouvent ici le parfait rôle à contre-emploi. Belle application de cet humour, moins fin que très caractéristique, qui distingue le roman du pamphlet et qui lui donne toute sa portée.

Éditions L’Atalante
Couverture : Gilles Francescano
187 pages – 21 €
ISBN : 978-2-84172-709-4

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