Monk n°3 : Italies

Le troisième numéro de Monk a pour thème « Italies ». On retrouve la maquette sobre mais efficace, l’impression de qualité, et l’esthétique très particulière de ce fanzine. Les dessins de Mickael Abou (alias Hérysis), s’ils s’adaptent parfaitement aux textes qu’ils illustrent, conservent une homogénéité bienvenue tout au long du recueil. Honnêtement, il est vraiment rare de trouver un ouvrage amateur aussi bien présenté.

Le dorénavant classique Pages dérobées à la correspondance de…, premier texte de ce numéro dédié aux Italies, se situe à… Bucarest, et prend la forme d’une lettre adressée au comte Dracula par un spécialiste du genre, Jean Marigny.
Mais cette introduction épistolière est trop courte et académique pour inciter vraiment au voyage et se contente de rétablir quelques vérités sur son illustre destinataire.

Avec le texte suivant, on entre dans le vif du sujet. Le Myrte est un conte de Giambattista Basile (1575-1632) et traduit par Sandrine B. Un Roi, une myrte-fée et des courtisanes échaudées suffisent à tisser un conte à la fois classique et surprenant, distillant la quintessence des contes de notre enfance avec un zeste de burlesque.

Dans Les Anges Del Duomo, Georges Foveau nous dépeint une Italie tragique faite d’amours impossibles, de séraphins menaçants et de Florences.
William décide d’emmener sa dernière conquête, Florence, dans la ville éponyme. Il y cherche un exorcisme très personnel, mais risque d’y trouver, ou d’y perdre, bien plus.
Autour de ces amoureux transis, l’auteur souffle le chaud et le froid avec un bonheur inégal. La complicité et la jovialité initiale du couple ne sont pas aussi bien rendues que la seconde partie, plus sombre, qui emporte irrésistiblement le lecteur vers un final glacial.

La Venise d’Aurélie Wellenstein abrite d’étranges monstres derrière ses masques et dans ses canaux. Des monstres qui, en deux courtes pages, prouvent combien ils aspirent à la liberté, et après tout, Tout le monde a le droit à la mer.

Plus que dans un pays, c’est dans une Italie de fantasme et d’érotisme que nous convie Timothée Rey pour un voyage onirique dans Reperdre Giulietta. Son personnage principal s’égare et s’oublie dans ses rêves avec délices, et le lecteur prend autant de plaisir à l’accompagner dans cet imaginaire si riche qu’il lui permet d’échapper au réel.
Cette nouvelle très réussie laisse derrière elle le même arrière-goût que les lambeaux évanescents d’un rêve obsédant.

La dernière nouvelle de ce recueil, Une fantaisie italienne, voit son narrateur désabusé croiser le chemin d’une ancienne connaissance, Florence, et plonger dans une excursion romantique et culturelle.
François Fierobe n’hésite pas à sortir les grosses ficelles à coup de rencontre fortuite et de jeu avec le temps, mais il a bien raison : cela ne ternit en rien l’éclat de ce court texte finement ciselé et lui permet de concentrer son récit sur ce qui importe finalement, l’état d’âme de son narrateur, de sa compagne et de la ville qu’ils arpentent.

Villa Vesper est un extrait de Léonor Lara qui clôture ce numéro sous forme de teaser. L’écriture est élégante et le propos intéressant, mais trop court pour l’apprécier ou s’en faire une quelconque idée.

Ce troisième numéro de Monk est donc un objet-livre luxueux qui propose un contenu parfois inégal, mais globalement riche et intéressant. Son seul inconvénient reste un coût plutôt élevé qui risque de le réserver à ceux pour qui le flacon est aussi important que l’ivresse.

— F-Xavier Bornes

Éditions Silenda
64 pages N&B (couverture couleur) – 6,90 €
http://www.revue-monk.com

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