« Noëls d’hier et de demain » de Pierre-Alexandre Sicart

CouvertureUne anthologie présentée par Pierre-Alexandre Sicart sous une couverture à la fois effrayante et poétique de Caza qui donne le ton de l’ouvrage.
De la science-fiction, du fantastique, une pincée de réalisme, le tout saupoudré d’un peu de fantasy.
Dix-huit nouvelles qui mêlent auteurs confirmés et autres qui le sont moins pour bousculer allégrement des traditions bien établies autour du réveillon.
Quand Jésus descend par la cheminée, nous explique Ian Watson dans le conte gentiment décalé qu’écoute le petit Jamie avant de s’endormir, c’est avec un grand sac magique. Mais un sac pour quoi exactement ?
La Méthode Noël de Nicolas Saintier donne assurément d’excellents résultats éducatifs sur les enfants de l’orphelinat. À vrai dire, des petits orphelins si bien adaptés au monde que même le Père Fouettard en éprouve quelque souci. Il semble d’ailleurs que Noël Nicolas Claus ne manque pas d’imitateurs en ce monde-ci.
Passer ce Noël en solitaire, ainsi en a décidé Thomas, lassé du consumérisme ambiant, mais ce n’est pas ce que Léa Silva lui réserve. Parce que tout seul, d’accord, mais ce n’est pas très drôle non plus. Autant vaut faire un tour dehors et risquer d’y faire une rencontre imprévue.
Un vrai conte tout en tendresse auquel succède toute la cruauté Du Sang sur des mains de givre. Olivier Boile nous y emmène en Russie quand le vieux Père Gel la parcourait encore en compagnie de Snegourochka, sa sorcière de petite-fille.
Anne Rossi, elle, a préféré s’attacher à la Befana et le fait joliment. Cette vieille sorcière, touchée par la grâce, qui gâte les petits italiens très sages, ne saurait disparaître ; même dans un futur où plus grande raison d’être ne demeure.
Le Sauveur d’Alain Rozenbaum évoque également un futur assez sombre. Une humanité misérable, à tous les sens du terme, totalement confinée et nourrie de ses déchets recyclés par synthétiseur. Alors on réveillonne en famille – mais en hologrammes – pour attendre le Père Noël en espérant une cartouche de carbone ou une barrette de mémoire en cadeau. Autre chose que des surprises en tout cas. Un humour grinçant mais lourd.
On n’en apprécie que davantage celui de Miriam, messie de Dean Whitlock. Une variation sans doute quelque peu iconoclaste des textes canoniques, mais une réflexion tout en légèreté sur le poids du patriarcat.
La Gloire éternelle sera le cadeau apporté au jeune Armand Dubois par le Père Noël de Meddy Ligner. Utile rappel de la prudence qu’il faut apporter à la formulation de ses souhaits.
Avec Poupées et vieux journaux, c’est dans un tout autre domaine que nous emmène David Baquaise. Celui de deux sœurs qui ne se sont jamais remises de la perte de leur cadette. Peut-être parce que l’une d’elles avait tellement voulu la priver de son cadeau d’étrennes.
La Nuit de Noël à l’Octogone de Jean-Marc Ligny, en dépit de sa localisation précise, puisque l’Octogone est un monument remarquable de Montmorillon – là était le challenge – l’est beaucoup moins dans le temps lorsque s’y mêlent magie et malédictions. Pas de chance pour le malheureux qui s’y serait réfugié le soir de Noël.
Le Don est, selon Damien X. Nortier, celui du vieux Père Joseph à son petit-fils pendant les fêtes familiales : la connaissance de leur lignée. Elle remonte bien loin dans le temps et nous conduit à son tout début quand apparut l’étoile de la crèche. Un texte plaisant et bien tourné..
Dans À nos espoirs, Ophélie Bruneau nous invite à suivre Lydia. La jeune fille préfère s’attarder un peu avant de rentrer passer un triste réveillon, seule avec sa mère. Les rues de Lyon sont bien vides, un tel soir, alors, même s’il n’est pas dans ses habitudes de parler à un inconnu… Mais lorsqu’on est d’astreinte au commissariat, la soirée n’est pas terrible non plus. Surtout quand il faut l’interrompre pour retrouver un fugitif.
Le Père Noël de Claude Mamier passe, comme il se doit, Un Jour par an. Pour autant, il n’est pas tout à fait celui qu’aurait imaginé Julien s’il y avait cru. Rater sa vie n’est pas si propice que cela au rêve. La réussir non plus quand s’y profile le thème du Passeur.
A Christmas carol de Pierre Gévart est une nouvelle très courte qui m’a beaucoup plu. De la science-fiction pleine d’un humour tout léger propre au sourire.
Ce n’est pas le cas dans Le Village de M. Noël d’Élodie Meste, où l’on conçoit les jouets qui seront distribués dans le monde entier en les faisant tester aux enfants du personnel. Il est vrai qu’ils ne sauraient réellement en souffrir.
Le Vœu secret des anges est de voir les enfants heureux. C’est pourquoi il vaut mieux leur laisser le soin de deviner ce que l’on ne peut vraiment écrire au Père Noël. Ces lettres-là, Léo Lamarche nous le garantit, sont directement transmises aux anges pour qu’ils les traitent de la façon la plus appropriée.
Le petit héros de Muriel Essling est tout à fait certain que Le Père Noël existe. L’auteur se charge sans douceur de le détromper. À la rubrique « faits divers », un texte qui, en forçant moins le trait, aurait pu être émouvant mais m’a laissée totalement indifférente.
Les enfants qu’Orson Scott Card met en scène dans Pour une Pincée de poussière, eux, sont bien réels, et le seuil qu’il passent dans les entrepôts emplis de jouets du grand magasin Oglethorpe, s’ouvre sur toute la magie du monde. Juste le temps de basculer du côté des grands.
Une clôture en beauté donc pour une anthologie plaisante malgré quelques textes quelconques avec, en fin d’ouvrage, une courte biographie des auteurs.

Argemmios éditions
391 pages – 20 €
ISBN : 978-2-919049-21-9

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